Affaire Viguier
crime ou disparition ?

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L’affaire Suzanne Viguier est celle de la disparition, le 27 février 2000, d’une femme de 38 ans, Suzanne Blanch, épouse de Jacques Viguier, professeur de droit à l’université Toulouse 1 Capitole. À la suite des déclarations d’Olivier Durandet qui s’est présenté comme l’amant de Suzanne, des soupçons ont conduit la police à mettre en cause son mari, Jacques. Un premier procès, en avril 2009, a abouti à l’acquittement de Jacques Viguier et une deuxième fois en appel, en mars 2010.
Historique

Jacques Viguier

Jacques Viguier

Suzanne et Jacques Viguier se sont mariés le 20 août 1988. Au début de l’affaire, ils ont onze ans de mariage. Suzanne est professeur de danse. Elle règle des chorégraphies et monte des spectacles de cabaret. Lui est professeur de droit à l’université. Ils ont trois enfants, Clémence, 11 ans à l’époque, et ses deux frères jumeaux, Guillaume et Nicolas, 8 ans. Ils vivent dans un pavillon de la banlieue toulousaine et font chambre à part. Jacques a des maîtresses et Suzanne qui songe à divorcer aurait un amant, Olivier Durandet, selon les affirmations de ce dernier, 31 ans, vendeur de matériaux de construction.
Jacques Viguier affirme n’avoir découvert que « le 10 mars 2000, en garde à vue » la nature de la relation entre Suzanne et Olivier, ce que confirme Olivier : « Il sait que je suis le confident de Suzy, pas que je suis son amant ». Jacques Viguier précise : « Olivier était avenant, il faisait des plaisanteries, essayait d’être ami avec toute la famille » ; il lui aurait même confié à quelques occasions la garde de ses enfants. Le père de Jacques Viguier dresse de celui qui se revendique amant de Suzanne un portrait de profiteur, parasite, pique-assiette. Il a pour lui le qualificatif d’« écornifleur » et observe que « sous ses airs patelins de bon gros Raminagrobis, il a influencé les témoins et les policiers. ».

Dimanche 27 février 2000 à 4 heures 30 : Olivier, qui est entré dans la vie de Suzanne en 1998, déclare l’avoir vue pour la dernière fois ce 27 février 2000 à 4 heures 30 du matin, de retour d’un concours de tarot.
Matinée avant 10 heures : Jacques aurait vu son épouse étendue sur le clic-clac de la chambre d’ami, sans cependant avoir vérifié si c’était elle ou leur fille.
10 heures : le père de Jacques vient chercher les trois enfants, la famille Viguier devant déjeuner chez les grands-parents.
10 h 45, Jacques appelle ses parents pour annoncer un éventuel retard. Un repère chronologique qui va compter dans cette affaire. Il les rejoint finalement comme prévu et reste avec eux toute la journée.
13 h 45 : c’est l’heure à laquelle le réveil de Suzanne est calé pour sonner. Olivier affirme que c’est l’heure à laquelle Suzanne devait l’appeler, c’est pourquoi elle aurait mis le réveil.
Le dimanche soir, Jacques rentre chez lui avec ses enfants et déclarera avoir trouvé la porte fermée à clé. Il ne s’inquiète pas de l’absence de sa femme.
Lundi 28 février, Durandet et Viguier font une inspection de la maison, constatent que les lunettes de Suzanne sont là avec le collyre pour les lentilles, mais pas les lentilles. La robe et les bijoux qu’elle portait pour jouer au tarot sont à l’intérieur9. L’alarme du réveil est calée sur 13 h 45.
Mardi 29 février : tandis que Jacques est parti avec ses enfants, Séverine Lacoste, une baby-sitter, se rend au domicile des Viguier, et Olivier Durandet en profite pour s’introduire dans la maison. Cette information est cachée jusqu’au procès en appel (voir plus loin section subornation de témoin).
1er mars 2000 : Jacques signale la disparition quelques heures avant qu’Olivier Durandet ne vienne faire la même chose.
8 mars 2000 : Jacques dépose plainte contre X au commissariat central de Toulouse pour « enlèvement et séquestration »
14 h 30, Jacques rentre chez lui. Il aurait dû partir au Viêt Nam pour raisons professionnelles. Il se retrouve seul. Il lave les draps et va jeter le matelas à la décharge, de type clic-clac sur lequel son épouse dormait habituellement, à la décharge du quartier. Plus tard, il aura plusieurs versions sur sa motivation à jeter le matelas. Lorsque la police ira chercher l’objet à la déchèterie, il reconnaîtra un matelas qui ne sera pas le bon. Le matelas concerné aurait brulé dans un incendie. Pour l’accusation, le matelas est « essentiel dans le tournant du procès ».
10 mars 2000 : Jacques VIGUIER est convoqué au SRPJ de Toulouse, les enquêteurs le soupçonnent. Les policiers veulent se rendre au domicile de M.VIGUIER. Ce dernier accepte. Les policiers de la police scientifique sont là pour faire des premières constatations. Des traces de sang de quelques millimètres ont été relevées au RDC, dans les escaliers et dans la salle de bain par la police scientifique. Dans la chambre qu’occupait Suzanne, ils constatent l’absence du matelas du clic clac sur lequel elle dormait.
Jacques VIGUIER est à ce moment là très agité. Le commissaire appelle la juge d’instruction et demande le placement de Jacques VIGUIER en garde à vue. Ainsi commence une vraie perquisition. Le sac à main de Suzanne est retrouvé dans un placard alors que son mari avait indiqué qu’elle était partie avec. Ce sac contient le trousseau de clé de Suzanne mais pas son portefeuille, qui reste introuvable. Des documents personnels (formalités pour engager un divorce) sont trouvés dans le véhicule de Suzanne, sous la roue de secours. Elle avait rdv chez un avocat le lendemain de sa disparition. Les constatations terminées, Jacques Viguier est placé en garde à vue. C’est à cette occasion, déclarera-t-il plus tard, qu’il aurait appris qu’Olivier Durandet se disait l’amant de Suzanne.
13 mars au matin : deux policiers déposent aux objets trouvés de Toulouse le portefeuille de Suzanne qu’ils déclarent avoir trouvé sur la voie publique. Aucun rapprochement n’est fait avec la disparition.
16 mars, vers midi : un chauffeur de taxi déclare qu’il aurait pris une jeune femme avec une valise au 21 de la rue où habitent la famille Viguier au 19, pour la déposer à la gare. Il reviendra plus tard sur sa déclaration en disant que la jeune femme ne correspond pas au signalement de Suzanne Viguier.
11 mai 2000, le juge décide d’une mesure de détention provisoire.
15 février 2001 : Jacques Viguier est remis en liberté, soit après neuf mois d’incarcération.

Parties civiles

Face à la défense, les parties civiles sont divisées :

Claude Petit, la mère de Suzanne, est représentée par Laurent de Caunes. Elle est convaincue que son gendre est innocent.
Clémence, Nicolas et Guillaume, les trois enfants du couple, assistés par Bérengère Froger, soutiennent de manière indéfectible leur père.
Hélène Blanch, la sœur cadette, et Carole, la demi-sœur de Suzanne, représentées par Francis Szpiner et Guy Debuisson, sont convaincues de la culpabilité de leur beau-frère.

Accusateurs

Olivier Durandet, qui revendique le terme de « compagnon » de Suzy, quoiqu’il n’ait pas vécu avec Suzanne Viguier.
Robert Saby, commissaire de police chargé de l’enquête.

Premier procès

La date du premier procès fait l’objet d’une polémique. Une ordonnance de renvoi des audiences est rendue le 4 décembre 2008 par Jean-Louis Cousté, président de la cour d’assises de la Haute-Garonne. La demande a été présentée par la défense, en raison de l’état émotionnel de l’accusé, mais le président a estimé que les aspects d’organisation suffisaient à justifier le report.

Jacques Viguier a Henri Leclerc et Georges Catala comme avocats.

Verdict

Le jeudi 30 avril 2009, Jacques Viguier est acquitté.

Le lundi 4 mai 2009, le procureur général de la cour d’appel de Toulouse interjette appel du verdict de la cour d’assises de la Haute-Garonne.

Procès en appel

Le 2 mars 2010, le procès en appel de Jacques Viguier s’ouvre aux assises du Tarn, à Albi, sous la présidence de Jacques Richiardi, « remarquablement organisé sur le plan matériel par le procureur de la République d’Albi, Jean-Christophe Muller».

L’avocat général, Marc Gaubert, qui avait déjà requis lors du premier procès, déclare : « Je maintiens mes réquisitions de quinze à vingt années, je n’ai pas d’éléments pour les coups et blessures involontaires ayant provoqué la mort sans intention de la donner. » Ces réquisitions interviennent dans une affaire où « il n’y a ni corps, ni preuves, ni aveux dans le dossier, où l’existence d’un crime n’est pas même avérée. ».
Selon Le Figaro, dans le style objectif habituel de Stéphane Durand-Souffland, par ailleurs biographe d’Eric Dupont-Moretti, « le réquisitoire, vendredi, est apparu comme décousu et trivial, ce qui n’est pas le pire des péchés. Mais, en refusant de trancher nettement entre le meurtre et les coups mortels, en réclamant la même peine qu’en première instance sur le fondement d’une démonstration inexistante, l’avocat général a donné l’impression de se décharger de toute responsabilité sur les jurés ».

Jacques Viguier a pris comme avocats Jacques Lévy et Éric Dupond-Moretti. Ce dernier a indiqué que « ce procès est devenu un concours Lépine de l’hypothèse ». Comme au premier procès, l’accusé a pu compter sur le témoignage de ses enfants qui sont convaincus de son innocence.

Le samedi 20 mars 2010, avant que le jury se retire pour délibérer, vers 10 h 45, Jacques Viguier a déclaré : « Je viens de vivre dix ans d’horreur et de chemin de croix. J’espère que ces débats qui ont été longs et douloureux vous auront apporté la preuve de mon innocence. Faites que mon univers ne s’effondre pas, s’il vous plaît. Je vous supplie de rendre ma dignité d’homme pour les enfants et pour Susi » (citation de Jacques Viguier avant les délibérés).

Verdict

Il faut 10 voix sur 15 en faveur de la condamnation de Jacques Viguier pour qu’une peine soit prononcée ; l’acquittement l’emporte donc si six jurés au moins en décident ainsi.

Le procès est très médiatisé. Largement couvert par la presse, il a attiré de plus en plus de curieux et de professionnels du droit et du théâtre : « Serge Regourd, professeur de droit à l’Université des sciences sociales de Toulouse, ami de Jacques Viguier, attend, anxieux. Pour le dernier jour d’un procès exceptionnel, des avocats parisiens et toulousains sont venus soutenir leurs confrères : Me Simon Cohen, Me Thierry Herzog, l’avocat de Sarkozy dans le procès Clearstream, Me Sylvie Topaloff. L’écrivaine Yasmina Reza a fait le déplacement ».

À l’issue de six heures et demie de délibérations, le verdict est : acquittement. Ensuite, Me Dupond-Moretti a déclaré : « Plus personne ne pourra maintenant suggérer sa culpabilité. Ce n’est pas une victoire de la défense, c’est une victoire de la justice ! ».

« L’intime conviction judiciaire l’emporte sur l’intime conviction policière, et c’est un grand soulagement », déclare Me Laurent de Caunes, avocat de la mère de Susi, qui n’a jamais cru à la culpabilité de son gendre.

Pourvoi en cassation

Immédiatement, Jacques Viguier craint que le parquet se pourvoie en cassation. « Dès qu’il y a une possibilité de recours, on redoute que ce recours soit fait ». Toutefois, le procureur général auprès de la cour d’appel de Toulouse, Patrice Davost, déclare renoncer à former un pourvoi en cassation : « Je n’envisage pas de pourvoi, la vérité judiciaire a été dite, tout a été exprimé, exposé. Les jurés ont déclaré l’intéressé non coupable après un deuxième procès, il n’y a pas de matière pour former un pourvoi en cassation […] L’affaire Viguier est définitivement classée. ».

Subornation de témoin

9 mars 2010 : Olivier Durandet est interpellé à son domicile en fin de journée et entendu dans les locaux du commissariat d’Albi. Le premier accusateur de Jacques Viguier est placé en garde à vue dans la soirée « dans le cadre d’une enquête pour subornation de témoin »30 et une baby-sitter, Séverine Lacoste, pour « faux témoignage ».
Au cours de l’audience du procès en appel, celle-ci reconnait être allée deux jours après la disparition de Susi au domicile des Viguier en compagnie d’Olivier Durandet alors qu’elle a jusqu’ici toujours dit s’y être rendue « seule ». Elle précise que ce faux-témoignage lui a été demandé par Olivier Durandet.

25 mars 2010 : le procureur de la République d’Albi, Jean-Christophe Muller, a choisi d’infliger un rappel à la loi, déclarant que « Ce rappel à la loi n’est ni une condamnation, ni un classement sans suite, mais une mesure alternative aux poursuites qui me paraît la plus adaptée » ; quant au faux-témoignage attribué à Mme Lacoste, le procureur a considéré que « dans la mesure où le témoin s’est rétracté à l’audience, l’infraction n’est pas constituée et les poursuites n’existent plus lorsque la personne reconnaît sa faute ».

Cette mesure de rappel à la loi provoque des réactions, notamment de la part de Dominique Labarrière, auteur d’un livre sur l’affaire : « Le comble est que finalement les charges contre le faux témoignage sont abandonnées, et que la subornation de témoins ne fait l’objet que d’un simple rappel à la loi ».

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