Bertrand Cantat
4 ans pour un meurtre…

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Bertrand Cantat, né le 5 mars 1964 à Pau dans les Pyrénées-Atlantiques, est un chanteur et musicien français.

Membre de Noir Désir, de ses débuts jusqu’en 2010, il rencontre le succès avec ce groupe, considéré comme l’un des plus grands du rock français. Il est connu pour son écriture poétique, ses interprétations puissantes et aussi pour son engagement à gauche tout au long de sa carrière.

Il est également connu pour l’homicide de sa compagne, Marie Trintignant, commis en 2003 à Vilnius en Lituanie et pour lequel il a été condamné à huit ans de réclusion. À la suite de l’obtention de sa liberté conditionnelle, en 2007, puis totale en 2011 et la dissolution de Noir Désir en 2010, il fait un retour progressif à la scène, au travers de participations en duo, avec d’autres artistes, ou de collaborations théâtrales, avant de fonder un nouveau groupe, Détroit.

Biographie
Origines et famille

Marie Trintignant

Marie Trintignant

Bertrand Cantat, né à Pau d’un père ancien militaire, qui est retourné dans le civil, et d’une mère institutrice puis mère au foyer. Il passe sa jeunesse en Normandie, d’abord à Lillebonne où il habite dans le quartier de Fontaine Bruyère, puis à Pont-Audemer. Il fréquente le collège Louis Pasteur. Déménageant de la région du Havre, sa famille s’installe à Bordeaux en 1980. Bertrand a un frère d’un an son aîné, Xavier, devenu photographe puis élu écologiste en 2008 à la mairie de Villeneuve-Saint-Georges et compagnon de Cécile Duflot, et une sœur cadette, Ann, photographe.
Vers l’âge de onze ans, il écoute le groupe américain MC5, alors que ses parents ne passent que très peu de disques, essentiellement de la musique classique, Georges Brassens et Jacques Brel, poussant plus leurs enfants à la lecture. À treize ans, il commence à écrire des textes. Il découvre à cette période les Doors. L’arrivée du punk l’encourage à jouer dans un groupe. Par la suite, il se passionne pour le Gun Club, formation de Jeffrey Lee Pierce.

Formation et débuts de Noir Désir

En classe de seconde au lycée Saint-Genès à Bordeaux, à l’âge de seize ans, il rencontre Serge Teyssot-Gay, dix-sept ans, et, grâce à une petite annonce, les autres futurs membres du groupe Noir Désir : Denis Barthe qui joue de la batterie et Frédéric Vidalenc de la basse. Bertrand Cantat à l’époque ne sait jouer d’aucun instrument, il opte donc pour le chant. Le jeune groupe bordelais se baptise un temps Psychoz, d’inspiration new wave — avec lequel il gagne un tremplin rock organisé par FR3. 6.35 sera un autre nom puis Noirs Désirs (au pluriel). Bertrand Cantat répète avec ses amis en amateur entre 1981 et 1984.

Au cours de ces premières années, Noir Désir se produit dans les bars de Bordeaux, notamment au Chat Bleu. En ce début des années 1980, Bordeaux foisonne de groupes : Camera Silens, Parfum de Femme, Réverbère, Stillettos, Les Exemples, Gamine, Les Standards, Strychnine, Nightshift, etc. Jusqu’en 1984, il y a une forte émulation entre les formations, de nombreux concerts et même un festival, Les Boulevards du Rock.

En 1986, Noir Désir réalise une maquette. Theo Hakola, ancien chanteur d’Orchestre rouge, et à l’époque leader de Passion Fodder, l’écoute et décide d’aider le groupe. Par son intermédiaire, les Bordelais rencontrent Philippe Constantin de chez Barclay et signent un contrat pour un an renouvelable sous le nom Noir Désir (au singulier). Theo Hakola produit par ailleurs le premier album du groupe Où veux-tu qu’je r’garde ? en 1987. En deux mois, ce premier essai se vend à 5 000 exemplaires. Noir Désir tourne en France et se produit à Paris, notamment au Rex Club.

Succès de Noir Désir

En 1988, le groupe prolonge son contrat avec Barclay. À la fin de l’année, ils enregistrent, à Bruxelles, leur premier véritable album. Veuillez rendre l’âme (à qui elle appartient), produit par Ian Broudie (leader des Lightning Seeds, et connu pour avoir façonné le son d’Echo and the Bunnymen), paraît en 1989. L’énergie du deuxième opus est plus contenue, maîtrisée que celle du précédent. Aux sombres héros de l’amer entre au Top 50, et le disque se vend à plus de 150 000 exemplaires.
Face à ce succès, Noir Désir refuse de faire sa promotion dans les émissions grand public à la télévision. Le groupe préfère se défendre sur scène, accompagné par le violoniste François Borie, et s’embarque pour une longue tournée en France (à Paris, Élysée Montmartre et Olympia à guichets fermés, Eurockéennes de Belfort, Francofolies de La Rochelle, Printemps de Bourges, etc.), URSS, Canada, et Tchécoslovaquie. En concert, Noir Désir donne son maximum et Bertrand aborde la scène comme une séance de chamanisme. Il alterne transes et périodes plus calmes.

Il doit s’arrêter de chanter en 1989 lorsque, déjà éprouvé par des cordes vocales endommagées, il tombe en syncope sur scène lors d’un concert (à Besançon). Finalement, il devra être opéré en 1994 après la très intense tournée de l’album Tostaky.

Du ciment sous les plaines sort en février 1991. Sans promotion ni tube, l’album se vend à plus de 120 000 exemplaires. Noir Désir reprend la route en compagnie de François Borie, jusqu’en juillet 1991, avec plusieurs passages à guichets fermés à l’Élysée Montmartre à Paris, un détour par Bruxelles et par Tōkyō. Le groupe en sort éreinté et Bertrand Cantat rencontre de sérieux problèmes avec ses cordes vocales. Noir Désir s’octroie alors de longues vacances. Bertrand, lui, s’en va quelque temps au Mexique.

Tostaky (contraction de todo está aquí) paraît début décembre 1992. La voix de Cantat est moins placée en avant que précédemment. Tostaky (le continent) entre à la première place du Top 50 et l’album est disque d’or peu de temps après sa sortie.

En novembre 1996, l’album 666.667 Club, paraît ; Fred Vidalenc est remplacé par Jean-Paul Roy à la basse. Musicalement, ce nouvel opus navigue entre morceaux rock (Fin de siècle, L’Homme pressé, Un jour en France, Comme elle vient, Lazy, etc.) et d’autres aux tempos plus lents (À la longue, Ernestine avec Félix Lajkó au violon, À ton étoile, Septembre en attendant composé par Fred Vidalenc). Akosh S. joue du saxophone, de la bombarde et de la clarinette basse sur certains titres.
Il y apporte une touche de free jazz et donne des consonances orientales à l’instrumental 666.667 Club ouvrant l’album. Début 1998, 666.667 Club dépasse les 700 000 ventes. Noir Désir participe à Aux suivants, disque hommage à Jacques Brel, et il reprend Ces gens-là.

En décembre 1998, Bertrand Cantat participe à la Black session de Yann Tiersen et interprète À ton étoile avec un quatuor à cordes (cet enregistrement sort en novembre 1999). Il tourne également aux côtés d’Akosh S..

Bertrand multiplie les collaborations : avec Alain Bashung, Volontaire sur Climax, album compilation de ce dernier paru en 2000, avec Têtes Raides (L’Iditenté sur Gratte poil en 2000), Brigitte Fontaine (Bis Baby Boum Boum avec tout le groupe sur Kékéland, et L’Europe sur Des visages des figures en 2001), Denez Prigent sur la chanson Daouzek huñvre (douze rêves) tiré de l’album Irvi, etc.

Le groupe reprend, en 2001, Le Roi de Georges Brassens sur l’album hommage Les Oiseaux de passage. Dès juillet 2001, le single Le vent nous portera, ballade avec Manu Chao à la guitare et Akosh S. à la clarinette, envahit les ondes, précédant la sortie de l’album Des visages des figures en septembre.

En 2003, il fait ses premiers pas en tant qu’acteur dans le court métrage La Petite Fille de Licia Eminenti aux côtés de Garance Clavel.

Homicide de Marie Trintignant

Depuis fin 2002, Bertrand Cantat ne vit plus avec son épouse Krisztina Rády et entretient une liaison avec Marie Trintignant. Le 27 juillet 2003, au cours d’une dispute, Bertrand Cantat frappe à plusieurs reprises cette dernière. Marie Trintignant tombe dans le coma et meurt de ses blessures le 1er août 2003.

Les faits ayant eu lieu en Lituanie à Vilnius, il est condamné par la justice lituanienne le 29 mars 2004 à huit ans d’emprisonnement pour « meurtre commis en cas d’intention indirecte indéterminée ». Le 28 septembre 2004, Bertrand Cantat est transféré à la prison de Muret, près de Toulouse.

En 2007, pour bonne conduite, Bertrand Cantat bénéficie de plusieurs permissions de sorties très discrètes et dépose le 22 juillet, une demande de libération conditionnelle à laquelle le parquet ne s’oppose pas. Le 15 octobre, celle-ci est accordée. Libéré, après avoir purgé la moitié de sa peine, il s’engage à se soumettre à des mesures de contrôle judiciaire et d’assistance psychologique pendant un délai d’un an et à ne pas s’exprimer publiquement sur l’affaire Trintignant.
La mère de la victime, Nadine Marquant, s’est opposée à cette libération par l’envoi d’une longue lettre au juge d’application des peines, ainsi qu’au Figaro, dans laquelle elle déplore « un signal négatif » donné à l’opinion publique, en matière de violences faites aux femmes.

Le 29 juillet 2011, son contrôle judiciaire prend fin, sa condamnation se trouvant, huit ans après l’homicide, entièrement purgée.

En 2005, Hubert-Félix Thiéfaine place sur son album Scandale mélancolique la chanson Télégramme 2003 dédiée à Bertrand Cantat et à sa vie depuis sa condamnation.

Suicide de Krisztina Rády

Son épouse Krisztina Rády, d’origine hongroise rencontrée lors du festival Sziget Festival à Budapest en 1993, qui est la mère de ses deux enfants (Milo né en 1997 et Alice née en 2002), se suicide chez elle à Bordeaux, dans le quartier Nansouty, le 10 janvier 2010 alors qu’il est présent dans la maison familiale au moment des faits.
Malgré leur séparation en 2003, Krisztina Rády l’avait soutenu lors du procès relatif à l’homicide de Marie Trintignant, et le couple s’était reformé à la libération de Bertrand Cantat.

Une éventuelle responsabilité de Bertrand Cantat, alors encore sous contrôle judiciaire, dans la mort de Krisztina Rády a rapidement été écartée, à la suite de l’autopsie du corps le 11 janvier 2010, qui a confirmé le suicide par pendaison. De plus, une lettre d’adieu de la défunte a été retrouvée, dont le contenu n’a pas été rendu public par le parquet de Bordeaux « par respect pour ses proches et sa famille ».

En 2013, un ouvrage de Stéphane Bouchet et Frédéric Vézard relance la polémique en reproduisant des messages téléphoniques laissés par Krisztina Rády sur le répondeur de ses parents, évoquant le comportement violent de son compagnon, alors en liberté conditionnelle.

Retours sur scène

Le 2 octobre 2010, Bertrand Cantat remonte sur scène lors du festival Les Rendez-vous de Terres Neuves à Bègles. Sans ses trois acolytes de Noir Désir, il accompagne ses amis du groupe Eiffel pour trois chansons (À tout moment la rue, puis en clôture du concert Le Temps des cerises et Search and Destroy).

Le 6 octobre 2010, le site de Télérama annonce que Cantat (seul) doit enregistrer dans un studio parisien un duo avec Brigitte Fontaine, Les Vergers (titre de 1975), qui figurera sur le disque L’un n’empêche pas l’autre sorti en 2011.

Finalement, le 30 novembre 2010, Denis Barthe, le batteur du groupe annonce la fin de Noir Désir à la suite du départ du guitariste Serge Teyssot-Gay.

Le 25 novembre 2011, Bertrand Cantat remonte sur une scène parisienne avec le groupe Shaka Ponk lors du rappel de leur concert au Zénith de Paris. Ils ont interprété le titre Palabra mi amor, duo disponible sur leur album The Geeks and the Jerkin’socks, ainsi qu’une reprise de John Lennon, Instant Karma.

Théâtre : le « Cycle des femmes »

Le 5 avril 2011, Le Devoir, un quotidien de Montréal, annonce que Bertrand Cantat, Pascal Humbert, Bernard Falaise et Alexander MacSween ont écrit la musique du spectacle de Wajdi Mouawad Le Cycle des femmes : trois histoires de Sophocle qui sera présenté lors du festival d’Avignon puis au Théâtre du Nouveau Monde (TNM) de Montréal. Cette invitation d’intégrer Bertrand Cantat à la pièce crée la controverse à Avignon où, par absence de coordination des différents organisateurs, Jean-Louis Trintignant est lui aussi programmé avant qu’il ne se retire (tout comme le fit Bertrand Cantat quelques heures plus tard « par respect pour la douleur » de Jean-Louis Trintignant), et au Québec.
À la suite de cette controverse, le TNM annonce que Bertrand Cantat ne montera pas sur la scène du théâtre. Un des motifs de la vive réaction au Québec tient au fait que Bertrand Cantat jouerait dans des pièces qui parlent de femmes et qui évoquent la violence faite aux femmes.
Finalement, c’est au Rocher de Palmer à Cenon, près de Bordeaux, que ce projet voit le jour, du 28 juin au 2 juillet. Le 17 novembre 2011, la musique du spectacle sort dans un album publié par les éditions Actes Sud sur les plateformes de téléchargement légal sous le titre Chœurs, sans la reprise toutefois du titre Les Vergers de Brigitte Fontaine et Areski Belkacem (utilisé sur scène pendant l’enterrement d’Antigone).

La trilogie Des Femmes, suivie des autres tragédies de Sophocle mises en scène par Wajdi Mouawad, sera également jouée avec Bertrand Cantat les 28 et 30 juin 2015 au Théâtre Le Manège de Mons, dans le cadre du Festival de la Culture 2015.

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