Patrick Henry
la peine de mort en question

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Patrick Henry

Patrick Henry

Patrick Henry, né le 31 mars 1953 à Troyes, est un criminel français.
Il tue Philippe Bertrand, alors âgé de sept ans, en janvier 1976. Son procès devient, par ricochet, celui de la peine de mort en France. Son avocat Robert Badinter, fervent partisan de son abolition, convainc à l’époque les jurés de ne pas condamner Patrick Henry à la peine capitale. Condamné à perpétuité, Patrick Henry obtient sa libération conditionnelle en 2001, après vingt-cinq ans de détention. Mais l’année suivante, il est arrêté en Espagne avec une cargaison de drogue qu’il tentait de faire passer en France, ce qui entraîne son retour en prison.

Biographie
Avant l’affaire

Natif de Troyes, Patrick Henry arrête sa scolarité à l’âge de quatorze ans et passe un CAP de cuisinier. Il vit un temps de la vente de ficelles et de grillages aux agriculteurs, puis ouvre un magasin de bricolage dont il dilapide les fonds. En 1975, son magasin se trouve en cessation de paiement ; il a alors 22 ans.

La décennie 1970 voit la multiplication des enlèvements contre rançon d’enfants de riches industriels (affaire Mérieux, affaire Cathalan) ou des industriels eux-mêmes (affaire Empain). Le gang des Lyonnais s’essaye à cette pratique, créneau très risqué, mais très lucratif, avec l’enlèvement de Christophe Mérieux. Ce dernier sera libéré contre une rançon de 20 millions de francs. Ce sera le tour ensuite de Maxime Cathalan âgée de 20 mois. Elle est la fille de Jean-Claude Cathalan, alors dirigeant d’une filiale des laboratoires Roussel, et de Hiroko Matsumoto, la célèbre top-modèle japonaise de Pierre Cardin. Maxime Cathalan est rendue à ses parents contre une rançon d’1,5 million de francs le 23 juin 1975.

Enlèvement et meurtre de Philippe Bertrand

Le 30 janvier 1976, vers 12 h 30, à Troyes, Patrick Henry enlève Philippe Bertrand, âgé de sept ans, à la sortie de son école. Philippe devait aller chercher son frère Christophe, en maternelle à La Visitation et, avec lui, se rendre chez le fleuriste où leur père Gérald avait l’habitude de les récupérer. Mais Gérald Bertrand ne trouve à son arrivée que Christophe. Une heure plus tard, Patrick Henry appelle la mère du petit Philippe, Marie-Françoise Bertrand et lui demande une rançon d’un million de francs. La police alertée met en place un dispositif d’écoute téléphonique à leur domicile. À 18 h 30, Patrick Henry rappelle à partir d’une cabine téléphonique située à Bréviandes, dans la banlieue sud de Troyes. Il est localisé par la police judiciaire qui ne l’arrête pas mais souhaite le suivre pour retrouver le lieu où est caché l’enfant.
L’arrivée inopinée d’une estafette de la gendarmerie (apparemment non prévenue du piège mis en place, un commandant de gendarmerie a ordonné son interpellation), gyrophare et sirène allumés, effraie le ravisseur qui interrompt la conversation téléphonique et s’enfuit en traversant un ruisseau et en se cachant dans des fourrés. Le ravisseur se manifeste quelques jours plus tard par un message déposé dans la boîte aux lettres d’un curé de Troyes, proche de la famille Bertrand. Il donne les instructions pour le dépôt de la rançon, le 10 février.

Le jour-dit, les policiers en planque guettent l’arrivée du ravisseur mais sont repérés. Le suspect prend la fuite au volant d’une Citroën DS blanche, dont les enquêteurs relèvent le numéro de plaque minéralogique. Celle-ci correspond à la voiture de Patrick Henry. La police l’arrête le 11 février à 6 heures du matin, dans un appartement qu’il partage avec son frère, rue de la République à Troyes.
Au cours de sa garde à vue, il nie tout en bloc. Les hommes de l’OCRB, convaincus de sa culpabilité, le conduisent dans une forêt isolée pour une tentative de reconstitution des faits. Le commissaire Charles Pellegrini, chef de l’OCRB, le menace de son arme et tire à côté de sa tête pour le faire craquer, en vain. Faute de preuves ou d’aveux, la police le remet en liberté à l’issue de quarante-huit heures de garde à vue, le 13 février. Interrogé par les médias, Patrick Henry déclare qu’il est « innocent » et que « le véritable criminel mérite la peine de mort pour s’en être pris à un enfant ».

Il fait l’objet de filatures, sans résultat. Dans le même temps, la police montre sa photo à tous les patrons de cafés et d’hôtels de Troyes. C’est ainsi que le propriétaire de l’hôtel-restaurant « les Charmilles », rue Fortier, à Troyes, le reconnaît. Le gérant leur apprend que Patrick Henry y loue depuis le 23 janvier une chambre meublée au premier étage, sous un faux nom. Le 17 février 1976, la police l’arrête à nouveau et découvre sous le lit de sa chambre, le corps du petit Philippe, enroulé dans un tapis. Patrick Henry raconte au juge d’instruction qu’il a enlevé le garçon et l’a emmené dans la chambre de la pension où il l’a laissé regarder la télévision pendant qu’il allait demander la rançon.
Ayant expliqué à l’enfant que ses parents avaient dû s’absenter en urgence et qu’ils l’avaient chargé de veiller sur lui jusqu’à leur retour, le garçon ne se méfie pas car Henry était un ami des Bertrand. Après l’épisode de la cabine téléphonique à Bréviandes, il serait revenu dans la chambre et aurait étouffé l’enfant avec un mouchoir car il ne supportait plus ses pleurs. Il serait alors parti quatre jours au ski, avant de revenir demander la rançon. La police pense cependant qu’il a tué le garçon dès le début de sa captivité car l’enfant l’aurait dénoncé une fois libéré.

L’affaire est marquée par une phrase anxiogène prononcée le lendemain de l’arrestation de Patrick Henry, le 18 février : sur TF1, lors de l’ouverture du journal de 20 heures, le présentateur Roger Gicquel commente « la France a peur ». Restée dans la mémoire collective, cette phrase fut souvent sortie de son contexte et fit l’objet de diverses interprétations. Elle n’avait — aux dires de son auteur — pas d’autre but que d’introduire une argumentation contre toute tentative de vengeance et de justice expéditive.

Procès

Le procès de Patrick Henry est certainement l’un des plus célèbres de l’histoire judiciaire récente en France. Un mouvement de haine se manifeste à son encontre dans l’opinion publique française, amplifié par le souvenir de son comportement devant les caméras de télévision après sa première garde à vue. Des éditorialistes et des hommes politiques réclament la peine de mort pour son crime.

Comme peu d’avocats veulent le défendre (après le refus d’un ancien bâtonnier, Me Émile Pollak se déclare prêt à assurer la défense, et Me Jean-Denis Bredin argue qu’il est du devoir d’un avocat de défendre), Robert Bocquillon, bâtonnier de l’ordre des avocats de Troyes, se commet lui-même d’office à la défense de Patrick Henry. Il demande l’aide de Robert Badinter, fervent militant de l’abolition de la peine de mort en France.

Le procès s’ouvre le 18 janvier 1977. Robert Bocquillon se charge de défendre Patrick Henry, tandis que Robert Badinter, dans sa plaidoirie, fait le procès de la peine de mort. Il évoque notamment l’exécution par la guillotine de Claude Buffet et Roger Bontems, « le bruit que fait la lame qui coupe un homme vivant en deux », puis, s’adressant aux jurés leur dit : « Si vous décidez de tuer Patrick Henry, c’est chacun de vous que je verrai au petit matin, à l’aube. Et je me dirai que c’est vous, et vous seuls, qui avez décidé ».

Dans le système judiciaire de l’époque, il fallait huit voix sur douze, refusant les circonstances atténuantes, pour que l’accusé soit condamné à la peine capitale. Reconnu coupable, Patrick Henry est condamné le 20 janvier à la réclusion criminelle à perpétuité, seuls sept membres du jury ont voté sa condamnation à mort. Le Parisien, journal partisan de la peine de mort, laisse éclater sa stupéfaction : « Stupeur ! Patrick Henry sauve sa tête », tandis que L’Humanité titre « La peine de mort en échec ».

Après le procès, au moins trois membres du jury ont affirmé avoir voté contre la mort par conviction catholique, comme l’avait suggéré auparavant l’évêque de Troyes. Le 20 janvier 1977, lors de sa plaidoirie en tant qu’avocat des parties civiles, maître Ambre avait « évité de crier vengeance », suivant en cela les déclarations antérieures des parents de la victime, qui avaient déclaré à plusieurs reprises qu’ils ne voulaient pas la loi du talion.

Si le procès a eu un impact sur l’abolition de la peine de mort en France, effective en 1981, il ne coïncide pas avec la fin des exécutions en France. Deux personnes seront encore condamnées à mort et exécutées : Jérôme Carrein et Hamida Djandoubi, ce dernier étant le dernier exécuté en France. D’autres condamnations à mort seront prononcées, mais commuées par un pourvoi en cassation ou un recours en grâce.

Après le verdict, Patrick Henry déclare aux jurés : « Vous n’aurez pas à le regretter ».

Liberté conditionnelle

Durant sa détention, dont cinq ans et demi passés en Quartier de haute sécurité, Patrick Henry reprend des études qu’il avait arrêtées en cinquième et passe ainsi en prison son BEPC, son baccalauréat, une licence de mathématiques et un DUT en informatique. Il demande à sept reprises sa mise en liberté conditionnelle mais, chaque fois, le ministère de la Justice rejette ses requêtes.
La loi sur la présomption d’innocence qui permet à une juridiction régionale de statuer sur les mises en libertés conditionnelles lui permet d’obtenir gain de cause le 26 avril 2001 devant le tribunal régional de Basse-Normandie. Il est libéré le 15 mai 2001. Il est embauché dans l’imprimerie Charles Corlet, dans le Calvados. Il serait sorti de prison avec un pécule de 110 000 francs.

Aussitôt libre, il contacte divers éditeurs, pour leur proposer un livre de souvenir. L’un des éditeurs sollicités, Guy Birenbaum, qui travaille alors pour les Denoël, refuse cette offre en jugeant que Patrick Henry n’est pas motivé par « une logique de pardon ». En avril 2002, alors qu’il n’est plus physiquement reconnaissable depuis l’époque de son procès, il accorde à Paris Match une interview dans laquelle il apparaît à visage découvert.

En juin 2002, il est arrêté pour un vol à l’étalage dans une grande surface de bricolage à Mondeville et est condamné à une amende de 2 000 euros.

Le livre de Patrick Henry est finalement accepté par Calmann-Levy. Il doit initialement s’intituler Vous n’aurez pas à le regretter, reprenant la phrase prononcée par Patrick Henry à la fin de son procès. Sa parution est cependant suspendue à l’automne 2002, après l’arrestation de Patrick Henry pour trafic de drogue. Il sort ensuite sous un nouveau titre, Avez-vous à le regretter ?.

Retour en prison

Dans la nuit du 5 au 6 octobre 2002, il est arrêté en Espagne en possession d’un peu moins de 10 kilogrammes de résine de cannabis qu’il avait achetés au Maroc en septembre 2002. Après son extradition le 16 avril 2003, sa liberté conditionnelle est annulée et il est remis en prison, retrouvant sa condition de condamné à perpétuité. Le 22 juillet suivant, il est condamné par le tribunal correctionnel de Caen à quatre ans de prison, 20 000 euros d’amende et la confiscation de son 4×4 qu’il a utilisé pour aller au Maroc, ainsi que des 8 228 euros qu’il avait sur lui lors de son interpellation, enfreignant ainsi les conditions de sa liberté conditionnelle.

Le 14 novembre 2011, en détention à la maison centrale de Saint-Maur, il entame une grève de la faim pour protester contre le rejet de ses demandes de libération conditionnelle.

En 2012, il est transféré au centre de détention de Melun.

Le vendredi 11 juillet 2014, le président de la République française François Hollande refuse de gracier Patrick Henry.

Le 7 janvier 2016, il obtient une libération conditionnelle mais sous réserve de l’exécution d’une période de probation prévue jusqu’au 4 août 2017. Le parquet fait appel de cette décision. Le procureur, Béatrice Angelelli, justifie cet appel par le fait que le projet d’accompagnement n’est pas assez encadrant. Le 31 mars 2016, la cour d’appel de Paris rejette la demande de liberté conditionnelle, les juges considérant que Patrick Henry n’a pas montré une volonté réelle de réinsertion. L’avocate du détenu envisage alors un pourvoi en cassation.

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