Sid Ahmed Rezala
le tueur des trains

Votre verdict en bas de page

Sid Ahmed Rezala

Sid Ahmed Rezala


Sid Ahmed Rezala (El-Biar, Algérie, 13 mai 1979 – Lisbonne, Portugal, 28 juin 2000), surnommé le Tueur des Trains1, est un tueur en série français, fortement soupçonné d’être l’auteur de trois meurtres de femmes commis en France entre octobre et décembre 1999. Réfugié au Portugal, il se suicide avant son extradition et son procès.

Résumé des faits

Sid Ahmed Rezala naît en Algérie et grandit à Birkhadem, dans la banlieue d’Alger, où il mène une scolarité plutôt normale. Arrivée en France durant l’été 1994, la famille Rezala s’installe à Marseille, fuyant les violences qui touchaient le pays à l’époque.
Sid Ahmed quitte l’école la même année, en quatrième, et en 1995, il est pour la première fois fiché comme délinquant. Commence alors presque aussitôt sa descente aux enfers : fugues, consommation de drogue et d’alcools forts, vols de voiture et vols à la roulotte, dégradations, actes de violence et de délinquance divers et son premier viol en février 1995 : il n’a pas encore seize ans.

Dans l’un des sous-sols de la gare Saint-Charles de Marseille où il a l’habitude de traîner, il viole un adolescent de treize ans et demi, le menaçant d’un couteau : le 7 décembre 1995, il est condamné par le tribunal pour enfants de Marseille à quatre années de prison dont dix-huit mois ferme et trente mois de mise à l’épreuve. Son ADN sera également prélevé pour analyse.

Incarcéré à la prison de Luynes (Bouches-du-Rhône), il se montre très agressif envers le personnel. Entre deux crises d’épilepsie, Sid Ahmed détruit plusieurs fois sa cellule et n’échappe pas aux divers sanctions disciplinaires.

Dès sa sortie fin 1996, il retombe dans l’errance et la délinquance, et il est condamné à cent heures de travail d’intérêt général pour avoir volé une montre aux abords de la gare Saint-Charles puis, en février 1999, il est de nouveau condamné à de la prison ferme pour l’agression d’un vigile SNCF avec une arme blanche.

En détention provisoire pour cette agression depuis mai 1998, toujours à la prison de Luynes, des codétenus se seraient plaints d’abus sexuels commis par Rezala mais ces affaires seront classées sans suite, faute de preuves. Les surveillants l’ont classé « sujet à risque » : « Il était très agressif envers le personnel, n’acceptait aucune remontrance, il était dangereux, imprévisible, toujours à fleur de peau », raconte un gardien. À mon avis, il ne relevait pas de l’emprisonnement classique, la prison ne pouvait rien pour lui car il lui manque des tas de cases. »

Il sort de prison le 29 juin 1999 et se rend à Amiens pour rendre visite à son ex-compagne de vingt ans avec qui il a eu une petite fille née en 1998. Cette dernière l’a cependant quitté alors que Rezala était toujours en détention, quand elle a su qu’il avait violé un codétenu à la maison d’arrêt de Luynes où Rezala a eu deux affaires de violences sexuelles, qui n’ont pas été instruites : dans un cas, la victime a retiré sa plainte ; dans l’autre, les éléments étaient jugés insuffisants.

À Amiens, il entame une vague formation dans l’hôtellerie. Il avait également tenté, sans succès, de rentrer dans la Légion étrangère, à Aubagne. Cependant, il reste toujours aussi instable et continue ses errances dans les trains de toute la France (il est d’ailleurs verbalisé quarante-deux fois pour ne pas avoir acheté de billet de transport), vivant d’expédients, de vols à l’arraché, de deal et de la prostitution.

Sid Ahmed Rezala est suspecté d’au moins trois meurtres de jeunes femmes : s’il refuse de les reconnaître sur son procès verbal face à la police, il les avoue plus tard à Aziz Zemouri, journaliste du Figaro Magazine. Ce dernier parvient à entrer facilement en contact avec Rezala, se faisant passer pour le beau-frère de ce dernier auprès des gardes portugais.
Il raconte également son viol subi à l’âge de 9 ans en Algérie : « Je me suis fait violer à l’âge de 9 ans par des jeunes du quartier, ils sont tous passé sur moi, ils étaient sept ou huit, ils avaient entre 20 et 30 ans. En Algérie, quand ça t’arrive, tu ne peux en parler à personne. Si tu portes plainte, c’est la honte. Mais ça se passe plus souvent qu’on croit dans les quartiers. »

Les victimes de Rezala

« Souvent je ne sais plus ce qui m’arrive. J’ai l’impression d’être dans une voiture qui roule à 200 à l’heure et que la personne à côté de moi veut me pousser dehors. Alors c’est elle ou moi. » Sid Ahmed Rezala

Isabel Peake

Isabel Peake, jeune Britannique de vingt ans étudiant en France, assassinée le 13 octobre 1999 dans le train Limoges-Paris alors qu’elle compte se rendre en Angleterre. Selon des témoins, elle rencontre Rezala en gare de Limoges. Dans le train, ce dernier tente vainement de la violer avant de la jeter, probablement toujours vivante, par la fenêtre du train en marche (roulant à près de 150 km/h).
Isabel Peake meurt sur le coup, sa tête heurtant un pylône. Son corps désarticulé est retrouvé à la Gare de Chabenet du côté de Châteauroux. Les résultats de l’autopsie, difficile à cause de la violence du choc et l’état du cadavre, ne permettent pas de savoir, entre autres, si la victime a eu des rapports sexuels juste avant de mourir.

À propos d’Isabel Peake, Rezala raconte : « Elle était très douce. On a sympathisé à la gare de Limoges, il était 3 heures du mat’. Elle allait à Paris, elle devait rejoindre son mec en Angleterre, elle voulait l’appeler. Elle m’a demandé mon portable, je lui ai prêté. J’ai toujours aidé les autres. Si tu as froid, je peux enlever ma chemise et te la donner. Mes parents m’ont appris. Elle a téléphoné à son mec, elle a tiré sur mon joint. J’ai encore vu ce flash… ».

Émilie Bazin

Émilie Bazin, jeune étudiante de vingt ans qui aurait eu une brève aventure avec Rezala en octobre 1999 et dont le corps a été retrouvé le 17 décembre de la même année dans une cave d’Amiens, au 56 rue Jules-Lefebvre, sous le propre petit appartement de Rezala. Ce dernier laisse ses traces : dans la cave, un mégot de cigarette à rouler et du sperme sur le corps de la victime ; dans l’appartement, du sang de la victime sur les murs. La victime a certainement été frappée avant d’être étranglée avec une chemise en jean retrouvée autour du cou du cadavre.

Une voisine et amie de Rezala, logeant à l’étage du dessus, dira plus tard avoir entendu des cris et des coups vers 22h/22h30 ; d’autres témoins disent avoir entendu vers minuit du bruit dans les escaliers comme si l’on descendait une grosse malle (certainement Rezala descendant le cadavre). L’autopsie réalisée sur le cadavre de la victime conclura au fait qu’elle était morte étranglée et que son agresseur avait eu une relation sexuelle avec elle.

Sur ce meurtre qu’il avoue plus tard de sa prison portugaise, il dit à Aziz Zemouri du Figaro Magazine : « J’ai fait la connaissance d’Émilie à l’université d’Amiens. Je vendais du shit. (…) Elle sortait avec deux mecs. Il y en avait un, c’était un gros. Une fois, je l’ai vu pleurer, ça m’a fait pitié.
J’étais en train de connaître la même situation avec Nadia (sa femme). À elle, je ne pouvais pas lui faire du mal. Il pleurait parce qu’il souffrait avec Émilie. (…) Je l’ai tuée pour venger son mec. Trente secondes avant, je ne savais pas que j’allais la tuer. C’est un flash, tu la vois morte, c’est comme un ordre qu’on te donne en image et après, tu l’exécutes. ».

Corinne Caillaux

Corinne Caillaux, une mère de famille de trente-six ans originaire du nord de la France, découverte morte par des contrôleurs SNCF dans les toilettes du train de nuit Calais-Vintimille, le 14 décembre 1999, vers 3 heures du matin, au niveau de la gare de triage de Perrigny. Son corps est lacéré de quatorze coups de couteaux, au visage, dans le cou, sur l’abdomen et dans le dos. Rezala, qui est descendu en gare de Dijon à 2 heures 39 du matin, a été verbalisé quelques heures plus tôt pour défaut de billet. Sa casquette souillée de sang est retrouvée près du cadavre de la victime.

Sur ce meurtre, qu’il avoue également plus tard de sa prison, il dit : «…de la pure folie… je voulais juste la voler. Elle était avec son petit chien. Je ne sais pas ce qui m’a pris… je n’ai pas vu qu’elle avait un gamin, parce que je n’aurais rien fait c’est sûr… dans le train j’étais défoncé. À l’époque, je buvais deux litres de Jack Daniel’s par jour, mélangé à du « shit », et je prenais aussi des cachets… ».

L’ennemi public no 1

L’ennemi public no 1 est recherché sur Marseille et dans toute la France, mais également en Belgique (pays natal de sa mère) et dans treize autres pays européens ainsi que dans les trois pays du Maghreb, via Interpol. Cependant, des dysfonctionnements judiciaires et des tensions, entre autres, entre les enquêteurs de Dijon et ceux de Marseille nuisent sérieusement à l’enquête et permettent à Sid Ahmed, au physique passe-partout, de s’échapper.
En outre, le 13 novembre 1999, un mois avant le meurtre de Corinne Caillaux, il a déjà été interpellé par les services de douanes, près de Pontarlier, dans le train Genève-Paris, avec vingt grammes de cannabis, un poignard et une bombe lacrymogène. Placé en garde à vue quelques heures, il a été remis en liberté sur instruction du parquet, son identité n’ayant pas été signalée au fichier des personnes recherchées, et alors que son ADN est connu depuis 1995.
Une jeune Nordiste de 18 ans, qui a voyagé sur le train Paris Vintimille, reconnait Sid Ahmed Rezala dans le journal La Voix du Nord, comme un flirt qu’elle a eu dans ce même train ; étant certaine de le connaître, elle entre en contact avec la gendarmerie de Landrecies (Nord), qui doute de son témoignage où après vérifications et expertises (il lui a offert sa casquette en sortant du train, dans laquelle les gendarmes ont trouvé des cheveux) ses dires seront reconnus. Elle est placée sous haute surveillance, la gendarmerie ayant de forte présomptions que Rezala voulait entrer en contact avec elle.

Le 15 décembre 1999, se sachant recherché comme témoin dans l’affaire Corinne Caillaux en voyant sa photo dans les journaux (alors que la Police a demandé aux journalistes de ne pas diffuser tout de suite la photo du témoin-suspect), il quitte le domicile familial de Marseille et fuit en train pour l’Espagne.

La panique gagne vite les voyageurs prenant les trains de nuit et l’« Ennemi public no 1 » est aperçu (à tort) par des témoins partout dans l’Hexagone ainsi qu’en Espagne. Le 20 décembre, un Français vivant en Espagne croit le reconnaître avec une Golf blanche dans une station-service à Murcie. Le 26 décembre, deux jeunes voyageuses assurent l’avoir vu descendre du « Hendaye-Nice » à Nîmes. La nuit du 28 au 29 décembre, sur le « Nice-Genève », deux voyageurs croient se bagarrer avec lui.

Le 24 décembre, la famille Rezala est placée en garde à vue. Le 28 décembre, les parents de Rezala appellent à sa reddition, sans succès.

En Espagne, Rezala est arrêté pour vol pendant la semaine de Noël et placé en garde à vue avant d’être relâché après trois jours de détention, sur décision d’un juge. Sid Ahmed Rezala avait été arrêté à Madrid pour un vol à l’étalage. Il était pourtant déjà à l’époque sous surveillance, via Interpol, dans tous les pays européens de l’espace Schengen.
Un porte-parole du ministère espagnol de l’Intérieur de l’époque avait rappelé, sous le sceau de l’anonymat, que les délinquants cachaient souvent leur identité au moment de leur arrestation. Selon lui, un individu aurait pu être arrêté puis relâché sur décision d’un juge avant que l’identité ait été vérifiable auprès d’Interpol.

En janvier 2000, repéré à cause de ses appels téléphoniques vers la France, il est localisé au Portugal, dans la banlieue de Lisbonne; le 11 janvier, il est arrêté par la police française et portugaise alors qu’il s’apprêtait à se rendre à Madrid pour s’envoler vers les îles Canaries, billet en poche.
Il était arrivé au Portugal le 27 décembre 1999, en clandestin, à la gare Santa Apolonia de Lisbonne, et se faisait passer pour un certain « Aki », un algérien sans papiers de 22 ans. Il sera recueilli par un certain Armando, un homosexuel de 42 ans avec qui Rezala aura eu une courte liaison.

Emprisonné au Portugal, il refuse son extradition vers la France où il risque la perpétuité. Or le Portugal est à l’époque le pays d’Europe le moins répressif, la demande d’extradition est rejetée parce que la Constitution portugaise (article 33.4) interdit l’extradition de suspects risquant la perpétuité, à moins que l’État requérant fournisse des garanties suffisantes qu’une telle condamnation ne sera pas appliquée.
Cependant, en mars 2000, la cour d’appel de Lisbonne autorise son extradition vers la France, après que la Chancellerie eut fourni une lettre indiquant que Rezala ne risquait pas la perpétuité (étant accusé d’homicide volontaire, non d’assassinat, il risquait 30 ans). La décision est confirmée par la Tribunal suprême de justice portugais le 24 mai 2000, mais Rezala porte le cas devant la Cour constitutionnelle portugaise, qui dispose de 80 jours pour statuer.

Mercredi 28 juin 2000, vers 23 heures : en plein Euro 2000 et alors que la prison-hôpital de Caxias où Rezala est incarcéré est en fête (le Portugal joue ce soir-là son match de demi-finales contre l’équipe de France) (1-2 a.p.), il se suicide par asphyxie en mettant le feu à sa cellule, à l’aide de son matelas, sans avoir été jugé et condamné : l’affaire Rezala est ainsi close. Peu de temps auparavant, dans l’une de ses lettres adressées à ses parents, Sid Ahmed Rezala écrivait : « J’ai tout perdu dans la vie, il me reste qu’à la rendre au créateur ».

Le 10 novembre 2004, le mari (veuf) de Corinne Caillaux obtient la condamnation de la SNCF pour « manquement à ses obligations de sécurité »: l’entreprise publique devra lui verser quelque 223 000 € d’indemnisation à titre de dédommagements.

Verdict Sid Ahmed Rezala

Voir résultats

Loading ... Loading ...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *