Violette Nozière
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Violette Nozière

Violette Nozière

Violette Nozière, née le 11 janvier 1915 à Neuvy-sur-Loire (Nièvre) et morte le 26 novembre 1966 à Petit-Quevilly (Seine-Maritime), est une étudiante française qui, dans les années 1930, défraie la chronique judiciaire et criminelle. Cette jeune parricide de 18 ans est condamnée à mort par la cour d’assises le 12 octobre 1934 à Paris, peine commuée par le président de la République Albert Lebrun en travaux forcés à perpétuité. Le 6 août 1942, le maréchal Philippe Pétain réduit la sentence à 12 ans. Elle est finalement libérée le 29 août 1945, puis graciée par le général de Gaulle le 15 novembre suivant.
La cour d’appel de Rouen rend un jugement exceptionnel dans les annales de la justice française concernant l’auteur d’un crime de droit commun qui a été condamné à la peine capitale, en prononçant la réhabilitation de Violette Nozière le 13 mars 1963. Cette affaire criminelle connaît un grand retentissement en France et, de par son impact médiatique jusqu’à nos jours, est devenue un fait de société.

Biographie
Enfance et adolescence

Violette Nozière naît le 11 janvier 1915 à Neuvy-sur-Loire, à quatre heures du soir. Elle est la fille unique de Baptiste Nozière, mécanicien aux Chemins de fer Paris-Lyon-Méditerranée (PLM), et de Germaine Joséphine Hézard. Germaine Hézard rencontre au mois de juin 1913 Baptiste Nozière. Le couple demeure à Paris, dans le 12e arrondissement, au no 10 bis rue Montgallet. Elle est déjà enceinte de quatre mois lorsqu’elle épouse en secondes noces Baptiste, à Paris dans le même arrondissement, le 17 août 1914.
Les époux n’ont pas fait de contrat de mariage. Germaine Hézard est mécanicienne, car un certain nombre de femmes remplacent les hommes mobilisés. C’est le début de la Première Guerre mondiale. Baptiste Nozière est chauffeur aux chemins de fer et le reste tout au long des hostilités : il effectue la campagne contre l’Allemagne au PLM, du 2 août 1914 au 10 novembre 1918, affecté au transport des troupes et du matériel militaire. Pendant toute la guerre, Neuvy-sur-Loire est le lieu de résidence de Baptiste et Germaine Nozière.

À la fin de la « Grande Guerre », Baptiste Nozière revient à Paris, du fait de sa profession. La famille loge au no 9 rue de Madagascar, dans le 12e arrondissement, près de la gare de Lyon. Violette va passer toute sa jeunesse dans un simple deux-pièces cuisine, au sixième étage sur cour, où la promiscuité ne laisse que peu de place à l’intimité.
Le climat familial devient pour Violette trop étouffant. Bonne élève, Violette obtient le certificat d’études. Elle poursuit sa scolarité à l’école primaire supérieure de jeunes filles Sophie Germain du 4e arrondissement, puis au lycée Voltaire, dans le 11e arrondissement. Les parents de Violette inscrivent ensuite leur fille au lycée Fénelon, dans le Quartier latin.

Ces changements d’établissements sont la conséquence de la dégradation des résultats scolaires, mais surtout du comportement de Violette. Un conseil des professeurs rend un avis sans appel : « Paresseuse, sournoise, hypocrite et dévergondée. D’un exemple déplorable pour ses camarades ». La jeune fille paraît plus que son âge ; elle découvre les premiers émois amoureux et compte parmi ses premiers amants Pierre Camus, un étudiant en médecine à Paris, et Jean Guillard, un ami d’enfance qu’elle retrouve pendant les vacances à Neuvy-sur-Loire.
Elle recourt à ses premiers mensonges, du fait de retards et d’absences répétés. Violette va acquérir la réputation d’être une « petite coureuse », tout comme sa meilleure amie, Madeleine Debize, dite Maddy, qui demeure également dans le 12e arrondissement. Maddy a une véritable influence sur Violette. Cette génération née pendant la guerre, vivant dans une période de crise économique profonde pense surtout à se divertir et veut se libérer de la tutelle moralisatrice et envahissante de la précédente génération. Les femmes n’ont pas le droit de vote et doivent attendre leur majorité, soit vingt et un ans, pour être autonomes.
L’avenir que la société leur réserve est tout tracé : être une bonne mère et une bonne épouse. Un lendemain encore bien lointain pour Violette. Le besoin d’indépendance, de liberté, de plaisirs, de changer de vie, est de plus en plus pressant. Pour ses sorties, et pour faire face à ses dépenses comme les toilettes, les restaurants, les bars, les hôtels, les taxis, Violette a besoin d’argent. Commencent alors les vols, au domicile de ses parents ou chez des commerçants. Elle va également recourir à la prostitution occasionnelle, pour subvenir rapidement à ses besoins, ce que Violette nommera pudiquement « Les passages utilitaires ». Elle n’hésite pas non plus à poser nue pour une revue. Une lente dérive s’amorce et une double vie s’installe.

Au mois d’avril 1932, Violette apprend, après plusieurs consultations auprès du docteur Henri Déron, à l’hôpital Xavier-Bichat, dans le 18e arrondissement de Paris, qu’elle est syphilitique. Elle va imaginer une sœur du docteur Déron, une relation flatteuse et au-dessus de tout soupçon, pour justifier ses absences auprès de sa famille. Désœuvrée, Violette passe la majeure partie de son temps dans les cinémas et les brasseries des grands boulevards du 5e arrondissement. Ses préférés sont le bar de la Sorbonne ou le Palais du Café au 31 boulevard Saint-Michel et cet établissement devient son « quartier général ».
La fréquentation du monde étudiant, cette classe sociale aisée, amène aussi Violette à mentir sur ses origines, son milieu : son père est devenu ingénieur en chef au PLM et sa mère est « première » chez Paquin. Violette a honte de ses parents, qui sont pourtant bien indulgents avec leur fille. Elle s’en éloigne de plus en plus. Elle confie à ses camarades ses tourments : que son père « oubliait qu’il était son père », ou « sa conduite trop particulière envers elle » et qu’il était jaloux de ses amis.
Le 14 décembre 1932, Violette dérobe un dictionnaire dans une librairie. À la suite de ce méfait, une dispute éclate entre le père et la fille. Le lendemain de l’incident, les parents découvrent un mot de Violette qui leur fait part de son intention de se jeter dans la Seine. Aussitôt, les commissariats voisins sont alertés. Leur fille est retrouvée quai Saint-Michel dans le 5e arrondissement, saine et sauve.

La maladie de Violette s’aggrave au début du mois de mars 1933 et elle n’a plus d’autre choix que d’informer ses parents de son état de santé, suivant les recommandations de son médecin. Elle amène le docteur Henri Déron à rédiger un faux certificat de virginité. De cette façon, elle rend ses parents responsables de cette maladie contagieuse, l’hérédosyphilis.
Le médecin convoque à l’hôpital Baptiste Nozière le 19 mars 1933. À son retour, le père informe son épouse de cette maladie « héréditaire », dont souffrirait Violette. En résulte une nouvelle dispute entre les parents et leur fille mais, pour Violette, ce sera une dispute de trop.

L’affaire Violette Nozière
Les faits

L’atmosphère du foyer est délétère et le ressentiment de Violette envers ses proches s’accentue. Elle pense à sa tentative de suicide du mois de décembre et décide d’entraîner sa famille dans la mort. Le 23 mars 1933, Violette achète un tube de Soménal, un somnifère, en pharmacie. Elle persuade ses parents de prendre ce médicament, que le docteur Déron aurait prescrit afin de les protéger d’une éventuelle contagion.
Il s’agit de la première tentative d’empoisonnement. La dose administrée est faible et Violette Nozière ingère également les comprimés. Au cours de la nuit, vers deux heures du matin, un début d’incendie se déclare dans l’appartement. Le feu consume le rideau qui sépare le couloir de la chambre. Violette alerte ses voisins de palier, monsieur et madame Mayeul. Baptiste Nozière revient à lui mais son épouse est admise à l’hôpital Saint-Antoine (12e arrondissement). L’enquête ne va pas plus loin et établit que les malaises des parents sont dus à l’intoxication par la fumée.

Malgré ces événements, le quotidien reprend son cours normal et Violette continue de mener sa double vie. Un séjour à Prades dans la Haute-Loire, berceau de la famille Nozière, est décidé pour les fêtes de la Pentecôte au mois de mai chez le père de Baptiste, Félix Nozière, ancien boulanger et aubergiste.
Un différend familial oppose pourtant le fils à son père. La relation qu’entretient Félix Nozière avec sa belle-fille, Marie Michel, veuve de son autre fils Ernest Nozière, envenime la situation. Mais cela n’empêche pas les parents de Violette de rester quinze jours et leur fille, six semaines. Plus d’une fois, elle échappe à la vigilance de son grand-père pour rejoindre les jeunes gens du pays. Les vacances s’achèvent, Violette revient à Paris le 26 juin 1933.

Violette Nozière rencontre le 30 juin 1933 un étudiant en droit, Jean Dabin. C’est un nouvel amant, mais un amant de cœur. Violette, comme à son habitude, enchaîne les mensonges concernant la situation professionnelle de ses parents. Quant à Jean Dabin, il est endetté en permanence et vit sans l’ombre du moindre remords aux crochets de Violette, qui lui remet chaque jour 50 ou 100 francs. Mais les racolages de Violette ou les emprunts auprès de ses amis ne suffisent plus pour entretenir son amant.

Au début de l’été 1933, la situation professionnelle de Baptiste Nozière s’améliore. Estimé par sa hiérarchie, son salaire est augmenté. Le 2 juillet 1933, Baptiste est désigné pour conduire le train du président de la République, Albert Lebrun. Le 8 juillet, notre cheminot reçoit la médaille des Chemins de Fer. Mais le 14, en gare de Lyon, Baptiste Nozière perd l’équilibre et tombe de sa locomotive. Hospitalisé à La Pitié-Salpêtrière, il est de retour parmi les siens le 17 août 1933. Deux semaines de convalescence sont prescrites à Baptiste, très affaibli.

Ce même 17 août, Jean Dabin doit partir quelques jours voir son oncle à Hennebont dans le Morbihan. Violette souhaite le retrouver en Bretagne et prolonger les vacances avec lui jusqu’aux Sables-d’Olonne, mais en automobile. Un rêve un peu fou se dessine, pourquoi ne pas partir en Bugatti, même d’occasion ?
Il lui faut trouver la somme. Grâce à différentes fouilles menées dans l’appartement, Violette sait à présent que ses parents disposent de 165 000 francs en titres et en espèces, dans un coffre du Crédit lyonnais. Comment en disposer et se libérer de la tutelle de sa famille ? Comment se délivrer d’un lourd secret ?

Le 21 août 1933, Violette renouvelle sa tentative du 23 mars, mais avec une dose beaucoup plus forte de Soménal. Elle en achète trois tubes et rédige une fausse ordonnance émanant du docteur Déron. Les comprimés sont réduits en poudre et celle-ci est répartie dans deux sachets identiques. Un troisième sachet marqué d’une croix contient un dépuratif inoffensif. Pendant ce temps, les parents ne sont pas au bout de leurs surprises. Ils découvrent que de l’argent a disparu et, en cherchant dans les affaires de leur fille, trouvent une lettre de Jean Dabin.
Au retour de Violette, c’est une violente dispute. Le climat finit par s’apaiser. Le soir après le dîner, Violette absorbe le contenu du sachet identifié par une croix. Son père sans méfiance, avale la totalité du poison ; par contre sa mère en raison du goût amer, jette la moitié du verre, ce qui lui sauvera la vie. Baptiste s’effondre sur le lit de Violette. Germaine tombe à son tour et se blesse à la tête en heurtant un montant du lit.
Violette vole l’argent qui se trouve sur sa mère et prend la paie de son père, en tout 3 000 francs. Elle quitte l’appartement pour y revenir le 23 août à une heure du matin. Violette ouvre le gaz, afin de faire croire que ses parents ont tenté de se suicider par ce moyen et alerte ses voisins, les Mayeul, comme au mois de mars. Alertés, les pompiers arrivent, suivis de la police. Baptiste Nozière est trouvé mort sur un lit. Dans une autre chambre à côté, son épouse inconsciente respire encore et elle est transportée d’urgence à l’hôpital Saint-Antoine.

L’enquête de la police révèle deux faits importants : l’absence des dépenses inscrites quotidiennement dans un registre tenu par madame Nozière pour la journée du 22 août, et le compteur à gaz dont le relevé démontre que la quantité échappée était insuffisante pour asphyxier le couple.

Le 23 août 1933 à 15 h 00, le commissaire Gueudet emmène Violette à l’hôpital Saint-Antoine, dans l’intention de la confronter à sa mère qui commence à sortir du coma. Le policier va s’enquérir de son état de santé et vouloir poser quelques questions à Germaine Nozière. Il demande à la jeune fille de l’attendre dans le petit bureau de la surveillante, attenant à la salle où se trouve sa mère. Selon le médecin, cette dernière n’est pas en état de répondre aux questions du policier mais le commissaire insiste, ce qui l’amène à constater que Violette Nozière s’est enfuie après avoir compris que sa mère en se réveillant allait la dénoncer.
Cette fuite est alors considérée comme un aveu de culpabilité. Le 24 août, la mère de Violette peut enfin s’exprimer et donne sa version des faits. Ce même jour, Violette est inculpée pour homicide volontaire et fait l’objet d’un mandat d’amener. Sa cavale dans Paris dure une semaine. Un témoin dira même que la jeune femme s’est jetée dans la Seine.
La presse se déchaîne : « Le monstre en jupons traqué par la police ». Le 28 août 1933, Violette Nozière est arrêtée dans le 7e arrondissement par la brigade criminelle que dirige le commissaire Marcel Guillaume, à la suite de la dénonciation d’un jeune homme de « bonne famille », André de Pinguet.

La presse, la politique et l’affaire

Aussitôt, la presse s’empare de l’affaire, qui fait la « une » des quotidiens. Elle se demande qui est cette parricide de 18 ans. Dans une revue mensuelle de septembre 1933, l’article consacré à Violette se termine ainsi : « … Comme on le voit, Violette Nozière est passée au premier plan de l’intérêt public et le crime dont elle s’est rendue coupable subsistera longtemps dans la mémoire de ceux que passionnent et répugnent à la fois ces émouvantes tragédies humaines. Déjà, de l’autre côté de l’Atlantique, des écrivains, particulièrement doués d’un sentiment sinistre, préparent des scénarios inspirés de l’abominable crime de la rue de Madagascar ».

Sur fond de passion, la presse donne le ton : le mythe Violette Nozière est né. Les rédactions envoient leurs équipes de journalistes, qui mènent leurs propres investigations sur le lieu du drame ainsi qu’au 36 quai des Orfèvres, au Palais de Justice, au laboratoire de toxicologie de la préfecture de police où est analysé le poison, à l’Institut médico-légal du quai de la Rapée dans le 12e arrondissement où le corps de Baptiste Nozière a été transporté pour l’autopsie, à l’hôpital Saint-Antoine dans l’arrondissement même où se trouve la mère de Violette, dans les départements de la Nièvre et de la Haute-Loire.

Le lecteur doit tout savoir sur Violette. Une surenchère d’informations les plus diverses sont publiées, où se mêlent les comptes-rendus rigoureux et la recherche du sensationnel. Cette affaire, impliquant une femme, grave son empreinte dans la mémoire collective. La presse a bien compris l’impact que ce drame pouvait avoir sur le public. Certains journaux vont même innover, afin d’obtenir un succès commercial rapide. Les reportages appuyés par de multiples photographies, tel le déroulement d’un film, avec des titres chocs, interpellent, immergent le lecteur dans l’action, qui participe ainsi indirectement à l’enquête.
Le lecteur devient acteur. Les tirages des quotidiens augmentent : Violette Nozière fait vendre. L’actualité nationale et internationale est reléguée à un niveau de moindre importance. La foule se déplace en masse sur le passage de Violette lors des convocations du juge d’instruction Edmond Lanoire, des confrontations qui s’ensuivent, devant la prison de la Petite Roquette où Violette est détenue. Les chansonniers prennent le relais. L’opinion publique se divise en deux camps et s’enflamme pour l’affaire Violette Nozière.
La reconstitution du crime au 9 rue de Madagascar attire une foule nombreuse.

« Une foule carnassière »
écrit Marcel Aymé, dans le journal Marianne le 24 octobre 1934.

L’affaire précisément prend une nouvelle dimension, car l’enquête est confiée à un commissaire de renom : Marcel Guillaume. Le commissaire divisionnaire du 36 quai des Orfèvres est connu pour s’être occupé des crimes de la bande à Bonnot, Landru et l’assassinat du président de la République Paul Doumer. Si le juge d’instruction Edmond Lanoire charge ce haut personnage de mener les investigations sur Violette Nozière, c’est que l’affaire est jugée sérieuse, digne des plus grands criminels. Le magistrat lui-même est redoutable, aguerri par des années d’expérience. Enfin, Violette aura pour avocat Maître Henri Géraud, un ténor du barreau, qui a défendu Raoul Villain, l’assassin de Jean Jaurès et Paul Gorgulov, le meurtrier du président de la République Paul Doumer.
Le second avocat de Violette est Maître René de Vésinne-Larue. Ce jeune licencié en droit est aussi licencié ès sciences, diplômé d’astronomie et de l’Institut des sciences politiques. Ces personnalités autour de cette jeune parricide, inconnue des services de police, aura un impact considérable sur l’opinion publique et bien évidemment sur la presse. Voici Violette Nozière projetée sur le devant de la scène. Cette soudaine notoriété va dépasser le cadre judiciaire.

Dans le contexte d’affrontement entre droite et gauche, l’affaire est très vite au centre des choix politiques. La droite fustige en Violette une jeunesse d’après-guerre dévoyée, fait appel à l’ordre moral et au retour des valeurs. Le monde à ce moment semble perdre tous ses points de repères. L’année 1933 est marquée par l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir en Allemagne, et les plus lucides s’interrogent sur l’avenir. Cette même année, le 2 février 1933, un autre fait divers avait secoué la France : le double meurtre des sœurs Papin. Christine et Léa Papin, domestiques, avaient massacré leur patronne et sa fille à la suite d’un différend.
D’aucuns considèrent cet acte de démence comme une atteinte à l’ordre social. À présent, le crime de Violette Nozière, commis dans le milieu des classes moyennes, jette le trouble, l’effroi et l’horreur. Tous les fondements de la société, familiaux et sociaux, vacillent. Qui plus est, ces fondements sont mis à mal par une jeune femme. Ainsi, derrière les volets clos d’un foyer « respectable », l’inimaginable a été commis par une étudiante, votre propre enfant.
Les Français sont sous le choc. Violette Nozière est mise au ban de la société. Comment « le monstre en jupons » s’est-il affranchi de toute morale, allant jusqu’à accuser son père de relations incestueuses ? Les bien-pensants refusent de croire la jeune fille, dont la double vie scandalise : mythomane, voleuse, libertine, provocante, le portrait que l’on trace d’elle n’incite pas à l’indulgence. La vengeresse n’a jamais eu l’attitude d’une victime.

Le commissaire Marcel Guillaume, à la suite de ses recherches, juge crédible la version de Violette Nozière. Il exprime ainsi son sentiment personnel après le premier interrogatoire de Violette : « Il y a des cris de sincérité auxquels on ne peut pas se tromper : c’est un de ces cris que j’ai entendu au cours de la soirée du 28 août, et qui me fait écrire aujourd’hui que, si coupable que fût Violette Nozière, elle méritait du moins d’obtenir les circonstances atténuantes ». Le commissaire Guillaume sera rejoint par d’autres défenseurs de Violette.

La gauche fait de Violette un symbole de la lutte contre la société et ses dérives. L’amant de Violette, Jean Dabin, celui qui a corrompu Violette en vivant de ses générosités, n’est-il pas un camelot du roi ? Les surréalistes prennent la défense de Violette qui devient leur muse. Louis Aragon signe en 1933 une chronique dans L’Humanité où il la présente comme une victime du patriarcat. Le 24 octobre 1934, Marcel Aymé interpelle par son plaidoyer en faveur de Violette : « Dans l’hypothèse d’un inceste, quelle pitié ne méritait pas la malheureuse, et quel pardon ! ».
L’inceste, sujet tabou dans une société masculine, permet à Paul Éluard d’écrire un poème qui reste dans les mémoires : « Violette a rêvé de défaire / A défait / L’affreux nœud de serpents des liens du sang ». Écrivains, poètes, mais également peintres prennent fait et cause pour Violette Nozière. Cette médiatisation de l’affaire influencera les chefs d’État successifs qui eurent, par la suite, à décider du sort de Violette.

Les enquêtes parallèles menées par les journalistes ont également une influence sur celles des autorités. Des lettres de dénonciation parviennent dans les rédactions, à la police judiciaire ou chez le juge d’instruction. Le monde étudiant, et le Quartier Latin en particulier, font l’objet des attaques de la presse : « Nous partageons entièrement l’opinion de M. Clément Vautel, mais nous nous permettrons d’ajouter qu’à l’intervention scolaire dans l’épuration du quartier Latin, nous souhaiterions voir se joindre l’activité de l’autorité compétente ».
Les accusations de Violette Nozière remettent en cause l’institution familiale sur laquelle repose l’autorité du père. La presse évite les termes « inceste » ou « viol », qui relèvent de l’Interdit culturel et pèsent sur le langage. Mais cette affaire permet aussi de libérer la parole des victimes d’inceste. Cette pression médiatique aura des conséquences sur le déroulement futur du procès.

Une presse réactionnaire n’hésite pas à désigner les amis de Violette comme étant d’origine étrangère ou avec des termes empreints de racisme : « Le Noir, Louis, François Pierre » dans Le Matin du 3 septembre 1933, « Un témoin coloré », dans la revue mensuelle Drames de septembre 1933 ou « le musicien nègre » dans le journal Excelsior du 3 septembre 1933. Dans ce dernier quotidien sera cité « Jacques Fellous, démarcheur de cercles de jeux, 4 rue de Sèze, est un Tunisien », qui devient algérien dans Le Petit Journal du 4 septembre 1933. Pour Le Matin du 9 septembre 1933, voici un autre témoin : « l’Algérien Atlan ». L’Excelsior du 12 septembre 1933 précise le second prénom, non sans une arrière pensée antisémite : « Violette revint donc avec deux amis, Robert Isaac Atlan et l’Italien Adari ».
Ces propos dans la presse à caractère xénophobe se situent dans un contexte particulier, celui de la montée du fascisme. Les ligues d’extrême droite souhaitent prendre le pouvoir comme en Allemagne et en Italie. Quelques mois plus tard, les événements vont se précipiter en France avec les émeutes de ces extrémistes, le 6 février 1934. Les écrits publiés dans une certaine presse préfigurent ceux qui paraîtront en France occupée, sous Philippe Pétain.

L’enquête

Le jeudi 24 août 1933, le docteur Paul, médecin légiste expert auprès du tribunal de la Seine, procède à l’autopsie de Baptiste Nozière, à l’Institut médico-légal du quai de la Rapée dans le 12e arrondissement. Le lendemain, le professeur Kohn-Abrest, directeur du laboratoire de toxicologie à la préfecture de police, analyse les sachets ayant contenu le poison, retrouvés au domicile de la famille Nozière. L’empoisonnement par le Soménal est confirmé. D’autre part, la victime présentait des lésions antérieures au crime et son état de santé, fragilisé par l’accident du 14 juillet, a facilité l’action toxique du poison.

Le lundi 28 août, le commissaire Marcel Guillaume et ses hommes, le brigadier-chef Gripois et l’inspecteur Lelièvre, emmènent Violette Nozière au 36 quai des Orfèvres. Le juge d’instruction chargé de l’affaire, Edmond Lanoire, est prévenu de l’arrestation de la fugitive. Malgré l’interdiction qui lui est faite d’interroger directement Violette Nozière, Marcel Guillaume aura une brève conversation avec la jeune femme et décrit cet entretien dans le quotidien Paris-Soir en 1937 :

« En courtes phrases haletantes, brèves, elle nous raconta comment un jour son père avait odieusement abusé d’elle, pendant un voyage de sa mère. Quand celle-ci fut de retour, elle n’avait rien osé lui avouer, par peur. Et, docilement, pendant des mois et des années, elle s’était prêtée à l’odieux caprice de l’homme pour qui elle ne pouvait plus éprouver que de la haine et du mépris, mais un jour, elle avait fait la connaissance d’un amant qu’elle avait tout de suite aimé avec cette inconscience des courtisanes, mais aussi avec cette passion qui est peut-être leur seule pureté. Alors, elle avait essayé de se refuser à son père, hélas !

– Sa mort seule pouvait me délivrer de lui, conclut-elle d’une voix lassée, et c’est ainsi qu’est née peu à peu en moi l’idée de l’empoisonner … »

Violette Nozière avoue donc son crime à la police judiciaire le lundi 28 août 1933 et renouvelle ses déclarations devant le juge d’instruction, Edmond Lanoire. Elle confirme n’avoir eu aucun complice et assume la responsabilité de ses actes. Violette affirme que son géniteur était seul visé et l’accuse de pratiques incestueuses :

« Si j’ai agi ainsi, vis-à-vis de mes parents, c’est que, depuis six ans, mon père abusait de moi. Mon père, quand j’avais douze ans, m’a d’abord embrassée sur la bouche, puis il m’a fait des attouchements avec le doigt, et enfin il m’a prise dans la chambre à coucher et en l’absence de ma mère. Ensuite, nous avons eu des relations dans une cabane du petit jardin que nous possédions près de la Porte de Charenton, à intervalles variables, mais environ une fois par semaine. Je n’ai rien dit à ma mère parce que mon père m’avait dit qu’il me tuerait, et qu’il se tuerait aussi. Mais ma mère ne s’est jamais douté de rien. Je n’ai jamais parlé des relations que j’avais avec mon père, à aucun de mes amants, ni à personne […] Il y a déjà deux ans que j’ai commencé à détester mon père, et un an que j’ai pensé à le faire disparaître »

Le mercredi 30 août 1933, les avocats Maître Henri Géraud et Maître René de Vésinne-Larue sont désignés pour assurer la défense de Violette Nozière.

Le jeudi 31 août 1933, Baptiste Nozière est inhumé à Neuvy-sur-Loire. Une foule impressionnante assiste aux obsèques : la municipalité, les habitants de Neuvy-sur-Loire, les collègues cheminots de Baptiste Nozière, la famille dont la grand-mère de Violette, Madame Clémence Hézard, 83 ans (née à Neuvy-sur-Loire, le 23 novembre 1849). Elle pose son front sur le cercueil et l’embrasse en demandant, pour Violette sa petite-fille, « pardon au père qu’elle avait tué ».

Le vendredi 1er septembre 1933 a lieu la confrontation entre Violette et sa mère, toujours hospitalisée à Saint-Antoine. Confrontation des plus douloureuses, où malgré sa demande de pardon, Violette Nozière, prise de crises nerveuses, est rejetée par sa mère qui prononce ces mots : « Violette ! Violette ! Tue-toi ! Tu as tué ton père. Un époux si bon. Tue-toi ! ». Malgré une nouvelle demande de pardon, Germaine Nozière crie à sa fille : « Jamais, jamais ! », tendant le poing vers elle et faisant des efforts pour se soustraire à l’étreinte de ceux qui la maintenaient sur son fauteuil, « Jamais … Je ne te pardonnerai qu’après le jugement, quand tu seras morte ! ».

Au cours des interrogatoires, Violette Nozière indique que des gravures pornographiques et des chansons libertines appartenant à son père se trouvent à leur domicile rue de Madagascar, ainsi que le chiffon dont il se servait pour ne pas rendre sa fille enceinte.
Une perquisition à l’appartement des victimes permet de retrouver ces pièces à conviction. L’étude par le laboratoire d’un échantillon du tissu accrédite la thèse de Violette. Germaine Nozière, interrogée sur la présence de ce morceau d’étoffe dans la chambre à coucher, révèle qu’il permettait de protéger ses rapports avec son mari. Lors d’une confrontation afin d’éclaircir ce point, mère et fille restent sur leurs positions.

Le vendredi 8 septembre, le juge Lanoire se transporte sur le lieu de la première cabane de jardin que possédait Baptiste Nozière, à l’extrémité de la rue de Charenton. Le terrain est concédé par la Ville de Paris, mais il ne subsiste plus rien à la suite de démolitions. Cette cabane disparue, où Baptiste Nozière aurait violenté sa fille, était assez spacieuse pour contenir des outils et une chaise. Le second abri sur le bord de la Seine, porte de Charenton, est exposé aux regards, de dimension modeste et le voisinage n’a rien remarqué d’anormal. Les accusations d’inceste sont réitérées par Violette le 9 septembre 1933, à la prison de la Petite Roquette où s’est déplacé le juge d’instruction.

Le mercredi 13 septembre, Violette maintient sa version devant le juge Lanoire et précise que sa motivation n’est pas la captation de l’héritage. En effet, un ami lui assurait une aide financière régulière. Son bienfaiteur est âgé d’une soixantaine d’années, industriel, marié et père de famille. De son identité, Violette ne connaît que le prénom sous la dénomination de « Monsieur Émile ». Le renseignement dont elle dispose pour permettre de retrouver ce témoin est la description de son automobile, de marque Talbot et de couleur bleue. Les recherches des enquêteurs sont restées vaines.
Coup de théâtre, le 15 septembre : Germaine Nozière se constitue partie civile contre sa propre fille, une première dans les annales judiciaires. Une seconde confrontation aura lieu le 27 septembre entre la mère et la fille. L’instruction se poursuit avec les auditions des témoins, les interrogatoires de Violette, les rapports des médecins psychiatres et les perquisitions. La mise en présence, le 18 octobre, de Violette, de sa mère et de Jean Dabin, provoque une nouvelle surprise. Quel étonnement pour Germaine Nozière de voir que Jean Dabin porte au doigt une bague appartenant à son défunt époux !
Violette avait « offert » cette bague à son amant, qui ignorait son origine. Ce bijou est restitué à Germaine Nozière. Le 19 novembre a lieu la reconstitution du drame au 9 rue de Madagascar en présence de Violette Nozière, de sa mère et de M. Mayeul, leur voisin. À la fin du mois de décembre 1933, le juge Edmond Lanoire a terminé son enquête et transmet le 5 janvier 1934 les pièces du dossier au procureur général. Le 27 février suivant, la Chambre d’accusation de la Cour d’Appel de Paris renvoie Violette Nozière devant la Cour d’Assises de la Seine.

Le procès

Le 10 octobre 1934, le procès de Violette Nozière s’ouvre à Paris devant la cour d’assises de la Seine. La veille de ce procès a lieu un attentat à Marseille : le roi de Yougoslavie, Alexandre Ier est assassiné par des Croates et le ministre français des Affaires étrangères Louis Barthou perd la vie également. Malgré cette tragique actualité, la foule envahit le tribunal. Les charges qui pèsent sur Violette Nozière sont lourdes. Elle est accusée d’avoir « le 23 mars 1933, tenté de donner volontairement la mort à ses père et mère légitimes par l’administration de substances susceptibles de la donner plus ou moins promptement et le 21 août 1933, volontairement donné la mort à son père légitime et tenté de la donner à sa mère légitime par les mêmes moyens ».
La première journée de l’audience est axée sur la personnalité de Violette, ses amis, le milieu familial et les circonstances du drame. Violette perd connaissance lors de l’interrogatoire du président Peyre. La question de l’inceste n’est pas clairement abordée, mais Violette maintient ses accusations contre son père. Les déclarations qui suivent sont celles du docteur Déron – qui va s’abriter derrière le secret professionnel -, des époux Mayeul et des premiers intervenants après le drame : pompiers et policiers. Mais à aucun moment le commissaire Marcel Guillaume n’est appelé à la barre, ce qui est pour le moins inattendu.

Le lendemain a lieu la déposition de Germaine Nozière. La mère de Violette, bien que s’étant constituée partie civile, finit par pardonner à sa fille et implore, en larmes, le jury : « Pitié, pitié pour mon enfant ! ». Les experts psychiatres concluent à la pleine responsabilité de l’accusée. Maître de Vésinne-Larue intervient et met en doute les méthodes employées concernant ces expertises et cite l’exemple des sœurs Papin, dont l’une, bien que condamnée à mort, a été reconnue irresponsable quelques mois après.
L’avocat général Gaudel lui répond : « Nous ne faisons pas le procès des sœurs Papin, non plus que celui de Gorguloff ! ». Maître de Vésinne-Larue rétorque aussitôt : « Non ! Nous faisons celui de l’analyse psychiatrique ! ». Viennent ensuite les témoignages des amants et surtout de Jean Dabin. L’avocat général Gaudel devant l’attitude hautaine de ce témoin capital, n’a pas de mots assez durs à son encontre : « Vous avez trouvé tout naturel que cette femme, que dis-je, cet enfant, vous donnât de l’argent. Vous ne sentez donc pas dans cette salle ce qu’on pense de vous, ce que j’en pense moi-même ? Vous avez déshonoré votre famille. Vous avez vécu aux crochets de cette malheureuse. Elle est coupable et je requerrai contre elle. Vous n’êtes pas accusé. Vous ne relevez pas de la Justice, vous relevez du mépris public et je vous le dis en face ». Enfin, ce sont les auditions de l’amie de Violette, Madeleine Debize et des collègues de Baptiste Nozière.

La dernière journée du procès est celle du terrible réquisitoire de l’avocat général qui demande la peine capitale contre l’accusée. L’avocat de la défense, Maître de Vésinne-Larue, fait venir à la barre un nouveau témoin, à la surprise générale. Les relations incestueuses de Baptiste Nozière sont de nouveau évoquées. Mais curieusement, le viol n’est pas la partie essentielle de la plaidoirie de l’avocat.
Même si ce dernier évoque cet enchaînement dramatique, il démontre que Violette n’avait aucune raison de souhaiter la mort de sa mère. Mais, pour les jurés, Violette Nozière n’aurait agi ainsi que pour avoir les 165 000 francs économisés par ses parents, parents qu’elle avait déjà commencé à voler auparavant, afin de continuer à entretenir son amant. Ce sera cette thèse d’accusation qui sera retenue.

La condamnation

Le 12 octobre 1934 à 19 h 00, après seulement une heure de délibération, Violette Nozière est condamnée à la peine de mort pour parricide et empoisonnement, sans aucune circonstance atténuante.

« … la mort était prononcée contre l’accusée. Quand le greffier Willemetz lut la réponse du jury à Violette Nozière, celle-ci demeure impassible :
– Je remercie ma mère de m’avoir pardonné.
Impassible, elle l’est encore, à peine pâlie, les yeux baissés, quand le président Peyre, après avoir énuméré les articles des codes pénal et d’instruction criminelle, lit la sentence terrible qui frappe les parricides :
L’avocat général Louis Gaudel :
« Je vous demanderai, messieurs les Jurés, de prononcer la peine capitale contre cette misérable fille. »

– En conséquence, la Cour condamne Violette Nozière à la peine de mort. L’exécution aura lieu sur une place publique. La condamnée amenée nus pieds, en chemise, un voile noir lui recouvrant la tête. Elle sera exposée sur l’échafaud, durant qu’un huissier lui lira la sentence. Après quoi, elle sera exécutée à mort.
Un silence accablant régnait alors dans la salle surchauffée. Pas un muscle de la misérable enfant n’avait tressailli. Mais avant que les gardes n’emmènent la condamnée, Maître de Vésinne-Larue veut exiger de sa cliente qu’elle signe son pourvoi en cassation. Cette simple demande provoque la crise que Violette était parvenue à contenir :
– Non ! Non ! … Laissez-moi ! … Je ne veux pas … Je ne veux pas !
Et se tournant vers la Cour qui s’éloigne, le visage bouleversé, la condamnée crie désespérément :
– J’ai dit la vérité ! C’est honteux ! Vous n’avez pas été pitoyables !
Des gardes se saisissent d’elle et l’entraînent, pendant qu’elle se débat contre eux …
Et maintenant, la foule s’écoule, silencieuse … ».

La peine capitale est qualifiée de symbolique par l’avocat général, puisqu’à l’époque on ne guillotinait plus les femmes. Le pourvoi est rejeté le 6 décembre 1934, par la Chambre criminelle de la Cour de cassation. Maître de Vésinne-Larue présente alors un recours en grâce auprès du président de la République. Le 19 décembre 1934, Marcel Aymé en appelle au droit : « Mais prions bien humblement M. le président qu’il fasse grâce à Violette Nozière. On ne dira pas que c’est faiblesse, mais simple justice ».

Le président Albert Lebrun accorde la grâce qui commue la peine de mort prononcée contre Violette en celle des travaux forcés à perpétuité, le 24 décembre 1934.

Le commissaire Guillaume, qui dirige la brigade criminelle, exprime son malaise à l’énoncé du verdict :

« Durant les longues journées du procès, je restais dans les couloirs du palais de justice, prêt à déposer, à faire partager par ces hommes qui avaient la mission sacrée de juger un être humain, ma conviction que Violette m’avait paru sincère, et j’aurais voulu pouvoir leur dire aussi que nous devions nous montrer d’autant plus indulgents que nous n’avions pas toujours fait notre devoir vis-à-vis de ces enfants perdus, que nous n’avions pas su proposer un idéal à leur jeunesse, que nous n’avions pas cessé devant eux, selon le mot d’un éducateur : De rabaisser nos devoirs au lieu de les leur offrir comme un privilège et, les laissant à leur solitude, à leurs tentations, à leur inconscience, nous n’avions pas su, parents égoïstes ou imprudents, leur tendre fraternellement la main, les serrer affectueusement contre notre cœur. Mais je n’eus pas à dire tout cela : la défense elle-même ne me fit pas appeler et il y eut un numéro de plus parmi les recluses de la Maison centrale de Haguenau »

La détention et la libération

Violette Nozière est emprisonnée à la Centrale de Rennes de 1940 à 1945.

Le 14 janvier 1935, Violette part pour la Centrale d’Haguenau en Alsace dans un convoi de quatorze femmes, enchaînées les unes aux autres. L’univers carcéral à Haguenau est très dur. L’isolement est la règle, avec interdiction de se parler entre détenues, de s’entraider ou de partager des colis. Violette Nozière, face aux conditions de détention éprouvantes et à son mauvais état de santé, puise sa force morale dans la religion. Les sœurs de Béthanie, présentes à la prison, soutiennent la captive. La transformation de Violette Nozière et son attitude irréprochable sont citées en exemple. Elle devient une prisonnière modèle et commence sa reconstruction. Violette Nozière n’a désormais plus rien de commun avec celle du quartier Latin.

Au mois d’octobre 1937, deux événements se produisent. Violette Nozière se rétracte quant aux accusations portées contre son père. Cette rétractation tardive, dans une lettre de Violette adressée à sa mère, est reproduite dans toute la presse. Ce qui permet à la mère de Violette d’être soulagée financièrement des frais du procès, jusqu’à maintenant à sa charge. La réconciliation entre la mère et la fille est enfin scellée.

La nouvelle du décès de Jean Dabin parvient à Violette en ce même mois. Engagé dans l’armée coloniale en 1934, il va contracter en Tunisie une maladie tropicale. Le 27 octobre 1937 décède à vingt heures trente, Jean Dabin, à un mois de son vingt-cinquième anniversaire, à l’Hôpital militaire du Val-de-Grâce au 277 bis rue Saint-Jacques, dans le 5e arrondissement de Paris. Le 16 février 1940, le grand-père de Violette, Félix Nozière, meurt à Prades à l’âge de 82 ans60, sans jamais avoir pardonné à sa petite-fille.

Le 14 mai 1940, face à l’avancée allemande, Violette est transférée à la maison d’arrêt de Rennes en Bretagne. Ses compagnes d’infortune sont emmenées en plusieurs groupes. Deux gendarmes accompagnent Violette Nozière, qui de par sa « célébrité », a l’avantage d’un déplacement individuel par le train. L’administration a même réservé un compartiment pour ce voyage. À son arrivée, Violette Nozière est affectée à l’atelier de la lingerie. Comme à Haguenau, elle observe la même détermination spirituelle qui dicte son action. La direction pénitentiaire n’aura jamais le moindre reproche à lui faire. Germaine Nozière entreprend un long voyage depuis la Nièvre pour se rendre à Rennes. Elle informe sa fille que Maître Vésinne-Larue multiplie les démarches pour obtenir une réduction de sa peine.

La conduite exemplaire de Violette Nozière plaide en sa faveur. Grâce à une intervention de l’Église catholique, le maréchal Philippe Pétain réduit sa peine à 12 ans de travaux forcés à compter de la date de son incarcération en 1933, par un décret du 6 août 1942. Cette période sombre de l’Histoire française n’est pourtant guère favorable à la clémence, où des prisonnières de droit commun sont à nouveau exécutées. De nombreuses résistantes sont également incarcérées à la prison des femmes de Rennes et, jusqu’en 1943, vingt-six détenues politiques sont remises aux Allemands pour des attentats contre l’occupant.
Cent-trois prisonnières politiques arrivées par convoi au début de l’année 1944 se révoltent. Le 6 mars 1944, le directeur de la prison fait appel aux gardes mobiles de réserve (GMR) qui sont reçus à coup de projectiles. Menacées d’être fusillées, les résistantes se rendent et subissent la mise au cachot avec privation de colis, de parloir et de courrier. Mais les 5 avril, 2 mai et 16 mai 1944, les deux cent quarante-cinq résistantes condamnées par les tribunaux d’exception français et emprisonnées à la Maison Centrale de Rennes sont livrées par le régime de Vichy aux nazis. Elles sont toutes déportées vers le camp de concentration de Ravensbrück.

L’administration sépare les « politiques » des « droits communs » dès la fin de l’année 1941, à la suite de manifestations organisées par les détenues communistes. Violette Nozière reste donc à l’écart de ces luttes qui sont à l’opposé de ses convictions religieuses. Sa réduction de peine prononcée, elle entre au service du greffier-comptable de la prison le 22 août 1942 et reçoit une formation d’aide-comptable. Ce nouveau statut lui permet de se déplacer à l’intérieur de la prison sans surveillance. Une demande de libération conditionnelle est refusée à Violette Nozière le 24 février 1944 et elle devra donc finir sa peine à la Centrale.
La nouvelle année 1945 comporte deux événements importants pour Violette : celui de sa libération tant attendue et l’arrivée à Rennes le 7 janvier 1945 du nouveau greffier-comptable, Eugène Garnier. C’est un homme généreux et profondément humain. Eugène est veuf depuis près d’un an et vivent avec lui cinq de ses enfants. Un des aînés se prénomme Pierre, séparé de son épouse, Jeanne. Violette va très vite s’intégrer à cette famille et se sentir proche de Pierre, qui éprouve les mêmes sentiments à son égard.

Violette Nozière est libérée le 29 août 1945. Le 15 novembre de cette même année, le général Charles de Gaulle, président du Gouvernement provisoire, lève son interdiction de séjour de vingt ans sur le territoire français, par un nouveau décret présidentiel. Violette Nozière a bénéficié des grâces successives de trois chefs d’État, ce qui fait toute la singularité et l’originalité de son dossier judiciaire.

Réhabilitation et fin de vie
Le destin

L’interdiction de séjour supprimée, Violette Nozière retrouve une liberté pleine et entière et vient habiter Paris. Elle emménage au 115 boulevard Jourdan dans le 14e arrondissement sous un nom d’emprunt, celui de sa mère, Germaine Hézard. Violette obtient un emploi en tant que secrétaire-comptable à la Fédération chrétienne des étudiants au 24 rue Notre-Dame-de-Lorette, dans le 9e arrondissement. Pierre Garnier, le fils du greffier de la maison d’arrêt, abandonne son métier de cuisinier à Rennes pour rejoindre Violette. Il loge à Bagnolet et exploite une petite fonderie. Pierre est en instance de divorce d’avec sa première épouse, Jeanne. Divorce prononcé le 5 février 1946, en vertu d’un jugement de la 19e chambre du tribunal civil de Paris.
Dans l’attente de son mariage, Violette se rapproche du domicile de Pierre et déménage pour un nouveau logement, rue Saint-Antoine dans le 4e arrondissement. Le mariage entre Pierre Garnier (né le 19 février 1919) et Violette Nozière a lieu à Neuvy-sur-Loire, le 16 décembre 1946 à dix-sept heures trente. Violette découvre un Neuvy-sur-Loire complètement différent de celui qu’elle a connu dans son enfance. Une commune martyrisée, ravagée par trois bombardements américains en ces journées funestes du lundi 17 juillet, mercredi 2 et lundi 7 août 1944. Les « forteresses volantes » déversent leurs bombes à plus de 5 000 mètres d’altitude sur des objectifs ferroviaires, mais sans les atteindre. Les Alliés ont semé mort et destruction. Les pertes humaines s’élèvent à près de 130 morts et plus de 180 blessés. Soixante-dix immeubles de Neuvy-sur-Loire sont détruits et 97 % des maisons sont plus ou moins sinistrés. Les monuments historiques, excepté les édifices religieux, sont anéantis. La mairie a disparu et c’est dans une ancienne école que la cérémonie du mariage est accomplie.
Violette reprend goût à la vie et a cinq enfants, une fille et quatre garçons nés de 1947 à 1959, auxquels elle ne parlera jamais de son passé. En avril 1950, le mari de Violette est heurté par un autobus, alors qu’il se déplace à moto. Il est immobilisé durant de longs mois dans un centre hospitalier à Garches. Une fois rétabli, Pierre, cuisinier de formation, renoue avec son activité première et gère un café-hôtel à Clamart. Violette et sa mère, Germaine, se chargent de l’approvisionnement aux Halles de Paris. Après un bref passage à Pavillons-sous-Bois, Pierre et Violette achètent en juin 1953 l’hôtel de L’Aigle d’Or, rue de Bec Ham à L’Aigle dans l’Orne en Normandie.
Germaine Nozière, quant à elle, s’occupe de ses petits-enfants. Quatre ans plus tard, le couple vend le fonds de commerce. Au mois d’avril 1957, Pierre et Violette arrivent dans la Seine-Maritime et acquièrent l’Hôtel de la Forêt, au lieu-dit « La Maison-brûlée », sur la commune de La Bouille, à vingt kilomètres de Rouen. Le sort s’acharne sur la famille et un nouveau drame survient au cours du mois de juillet 1960.
Pierre, au volant de sa voiture, manque un virage, quitte la route et se retourne dans un fossé, dans la côte de Moulineaux, aux environs de Rouen. Après de nombreux séjours en clinique et une ultime opération réussie à Paris, Pierre, âgé de 42 ans, sombre brutalement dans le coma et décède d’une hémorragie interne, le 30 juin 1961 à trois heures du matin. Violette doit à présent élever seule ses enfants et continue toujours de veiller sur sa mère, Germaine Nozière, qui demeure avec eux.

La réhabilitation

Le 24 février 1953, la Chambre des mises en accusation doit examiner une requête en réhabilitation présentée par Maître de Vésinne-Larue. Au mois de mars suivant, André Breton, infatigable défenseur de Violette Nozière, écrit :

« Réhabilitez-la. Cachez-vous ! De mémoire d’homme, jamais affaire criminelle n’aura fait surgir à la cantonade plus belle collection de crapules que le procès Violette Nozière, il y a vingt ans … À qui la palme, du père souilleur de sa fille (c’était la conviction du commissaire Guillaume, mais la défense se garda bien d’invoquer son témoignage), de l’amant de cœur Jean Dabin, camelot du roi-maquereau, du vicomte de Pinguet qui courut « donner » la jeune fille au sortir de son lit, des infâmes chroniqueurs judiciaires qui signaient Pierre Wolff ou Géo London les « papiers » que j’ai sous les yeux ou du mystérieux « protecteur » M. Émile (Émile Cottet, 60 rue des Tournelles, 3e arrondissement), qui a attendu le 26 février 1953 pour se faire connaître à France-Soir : « il s’agit d’un honorable commerçant » (sic) ?
Le 1er décembre 1933, les surréalistes publiaient en volume un recueil d’hommages à Violette Nozière. À l’issue du verdict, ils lui adressaient, aux soins de son avocat, une gerbe de roses rouges. Quoi qu’on ait pu obtenir d’elle par l’abominable régime auquel on l’a soumise depuis lors, que sous ses nouveaux traits, Mme Françoise G… sache qu’elle n’a pas cessé de grandement nous émouvoir et qu’elle ne compte parmi nous que des amis »

Il faudra dix années après la prise de position d’André Breton pour que les efforts de l’avocat de Violette Nozière soient couronnés de succès : « Ce jourd’hui mercredi treize mars mil neuf cent soixante trois […] attendu que Nozière Violette sollicite sa réhabilitation […] et réunit les conditions prévues par les Articles 782 et suivants du Code de procédure pénale […] Par ces motifs : La Cour, après en avoir délibéré conformément à la loi, prononce la Réhabilitation de Nozière Violette. Ordonne que le présent arrêt sera exécuté à la diligence de Monsieur le Procureur Général ».

Le 13 mars 1963, Violette est réhabilitée par la cour d’appel de Rouen et retrouve donc le plein exercice de ses droits civiques et un casier judiciaire de nouveau vierge. Cette mesure est exceptionnelle dans l’histoire judiciaire française. Grâce à l’opiniâtreté de Maître de Vésinne-Larue, de la fidélité de l’avocat à sa cliente, c’est l’aboutissement de trente années de combat, qui récompense la réinsertion réussie de Violette Nozière. L’écrivain Jean-Marie Fitère souligne avec raison :

« … c’est la première fois en effet, dans les annales de la justice française, que l’auteur d’un crime de droit commun est réhabilité après avoir été condamné à la peine capitale. Pour Maître de Vésinne-Larue, cet arrêt de la cour de Rouen, qui le comble, va très loin. Il démontre d’une façon éclatante l’inanité de la peine de mort. La réhabilitation de Violette Nozière est, pour lui, la preuve qu’il existe pour tout être humain, aussi bas qu’il soit tombé, des possibilités de rachat. Combien parmi ceux qui périssent sous le couperet de la guillotine ne seraient pas capables de suivre une voie comparable à l’admirable chemin de la parricide ? On frémit en songeant que si, en 1934, la peine de mort n’avait pas été abolie pour les femmes, Violette Nozière eût été exécutée, emportant avec elle ses prodigieuses capacités de repentir et de rachat »

Violette déclare : « Cette réhabilitation, j’y tenais pour mes enfants. Pour moi, ça m’était bien égal. Ma vie est finie. Je suis heureuse que ma mère, à qui j’ai tout dit, ait enfin compris la vérité. Elle sait que j’étais innocente – malgré ce que j’avais fait – et m’a pardonnée ».

Les dernières années

Violette Nozière ne pourra guère profiter de cette réhabilitation. En janvier 1963, elle est opérée, à la clinique Saint-Hilaire de Rouen, d’une tumeur cancéreuse au sein gauche. Elle décide de vendre l’Hôtel de la Forêt à « La Maison-Brûlée » en juillet 1963, pour acquérir un café-restaurant « Le Relais » au 62 quai Gaston-Boulet à Rouen. Ce commerce se révèle trop épuisant et la santé de Violette se dégrade. Elle est atteinte de décalcification des vertèbres lombaires. La voici infirme, ne pouvant plus travailler.
En janvier 1965, le café-restaurant est vendu. Toute la famille s’installe dans un appartement au 14 avenue des Canadiens à Petit-Quevilly, dans la banlieue de Rouen rive-gauche. Violette apprend une terrible nouvelle. Le mal dont elle souffre est un cancer des os. Elle se sait condamnée. « Jusqu’à la fin, elle a fait preuve d’un courage bouleversant, nous dit la religieuse qui la soignait depuis longtemps, et qui l’a assistée jusqu’à sa mort. Depuis des mois, elle se savait perdue, mais le cachait aux siens, se montrant gaie, aimable, faisant des projets d’avenir. Bien qu’elle souffrît atrocement, elle refusait les calmants que nous lui proposions, afin de garder toute sa lucidité et de pouvoir diriger sa maison et s’occuper de ses enfants. Elle s’était rachetée. Elle nous a quittées sauvée ».

Violette meurt le 26 novembre 1966 à deux heures trente du matin, en son domicile de Petit-Quevilly, en paix avec elle-même et les siens.

L’année 1968 voit disparaître les deux dernières femmes de la famille portant le nom de Nozière. Sa tante, Marie Véronique Michel, veuve d’Ernest Nozière, domiciliée à Prades, décède le 7 mars 1968 au monastère des Dominicaines sainte-Catherine de Sienne à Langeac dans la Haute-Loire. La mère de Violette, Germaine Nozière, entourée de ses petits-enfants, décède le 5 septembre 1968 à l’âge de 80 ans, chez sa petite-fille Michèle à Grand-Quevilly.

Violette Nozière repose désormais dans le caveau familial à Neuvy-sur-Loire, aux côtés de son mari, de sa mère et de son père. Son secret disparaît avec elle : « Qui était donc Violette Nozière, inconnue endeuillée pour la vie, qui s’est réfugiée dans le silence, sans jamais délivrer son mystère ? ».

Épilogue
Fait divers ou fait de société ?

L’affaire Violette Nozière dépasse le simple qualificatif « fait divers ». Par sa médiatisation et son impact jusqu’à nos jours, les controverses suscitées, la naissance d’un mythe, ce fait divers devient fait de société. Anne-Emmanuelle Demartini de l’Université Paris VII – Diderot, précise « que c’est aussi par la petite histoire que s’engouffre la grande ». Nous pourrions intituler « l’affaire Violette Nozière, sans Violette Nozière ». Les surréalistes voient dans cette affaire l’occasion de fustiger la société et soutiennent Violette Nozière. Le réalisateur Claude Chabrol, avec son film « Violette Nozière », perpétue cette image d’égérie se dressant contre une société bourgeoise.

Cette « bonne société » d’avant-guerre a canalisé toutes ses craintes dans cette affaire. Une France coloniale, plongée dans la récession, les crises politiques et les scandales. À croire que face à sa propre faillite et à la corruption de quelques personnalités, la « bonne société » a trouvé un dérivatif en rejetant ses propres fautes morales dans l’affaire Violette Nozière.
Cette dernière est accusée de tous les maux et d’après les échos de la presse, menace les fondements mêmes de ladite société. La liste est longue dans cet amalgame : crime, sexe, mensonges, cupidité, immoralité, émancipation féminine, éducation. La dérive médiatique exploite à outrance cette affaire et mise sur l’émotion qu’elle provoque. Le secret de l’instruction est bafoué et la collusion entre la presse et la justice est évidente.
En réalité, « c’est que dans cette affaire judiciaire se trouvent noués le parricide et l’inceste, soit la transgression de deux tabous fondamentaux, étroitement liés l’un à l’autre, qui fondent la filiation et le lien social, conformément aux analyses célèbres de Freud ». L’accusation d’inceste ignorée, Violette Nozière est condamnée à mort par un jury composé d’hommes, parce qu’une jeune parricide effraie la société et remet en cause toutes ses valeurs.

Mais Violette Nozière bénéficie des grâces successives de trois chefs d’État, grâces méritées par sa conduite irréprochable en prison. Elle passe du statut de condamnée à mort pour empoisonnement et parricide à celui, après sa libération, de repentie remarquablement réinsérée. Sa réhabilitation en 1963 permet à Violette Nozière de retrouver tous ses droits et prérogatives. Bernard Oudin note à ce propos : « conclusion exemplaire s’il en fut, qui satisfait à la fois les moralistes et ceux qui s’opposent à la peine de mort, au nom du rachat toujours possible des condamnés ».

Soutien des surréalistes
L’Ange noir

Les surréalistes prirent sa défense dans un ouvrage collectif, Violette Nozière, publié en décembre 1933 à Bruxelles aux Éditions Nicolas Flamel dirigées par E. L. T. Mesens. Avec notamment des poèmes d’André Breton, René Char, Paul Éluard, Maurice Henry, César Moro, Gui Rosey, E. L. T. Mesens et Benjamin Péret. Les dessins sont de Salvador Dalí, Yves Tanguy, Max Ernst, Victor Brauner, Marcel Jean, René Magritte, Hans Arp et Alberto Giacometti.
La couverture du livre est signée Hans Bellmer et l’auteur de la photographie est Man Ray. Violette Nozière, « Ange noir » des surréalistes, est devenue leur égérie. L’œuvre du mouvement artistique exprime par la crudité des termes, la violence des mots et la dureté des illustrations, un véritable réquisitoire à l’encontre de la famille, de la bourgeoisie, de l’hypocrisie des défenseurs de l’ordre établi, et dans un sens plus large, de la société elle-même. Les poètes prennent ouvertement position en faveur de Violette Nozière par la provocation. Cette réalisation collective intègre les poèmes de huit surréalistes, dont les extraits suivants :

« Violette a rêvé de défaire
A défait
L’affreux nœud de serpents des liens du sang »

— Paul Éluard

« La personnalité inconnue
De Violette Nozières meurtrière
Comme on est peintre »

— Gui Rosey

« Tu ne ressembles plus à personne de vivant, ni de mort
Mythologique jusqu’au bout des ongles »

— André Breton

Les écrivains et artistes engagés dénoncent une injustice et en cela, rejoignent leur illustre prédécesseur, Émile Zola et son célèbre « J’accuse…! » lors de l’affaire Dreyfus. Le Collectif des surréalistes a été par ailleurs édité en Belgique, par crainte des poursuites judiciaires.

Verdict Violette Nozière

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